Les 24-26 mai 2013, Sorbonne Paris-4

L'analyse musicale des matériaux ethnomusicologiques est au cœur des préoccupations de nombreux chercheurs. Si elle ne semble pas être mise en question en tant que telle, des interrogations surgissent régulièrement quant à ce qu'il faut analyser, ce que l'on peut analyser, comment le faire et pour obtenir quel type d'information. L'évolution des technologies, l’orientation de champs de recherche ouverts sur des disciplines connexes, l'avancée des méthodes musicologiques et ethnologiques, et enfin le développement des connaissances des cultures musicales et de leur fonctionnement nous obligent à régulièrement revisiter cette question. Nous proposons donc ce thème aux Journées d'étude en nous concentrant sur trois perspectives particulières.

Vendredi 24 mai 2013
Sorbonne, Salle des Actes, 14h-17h30

14h00 Accueil des participants

14h30 Introduction aux journées et au premier thème

Susanne Fürniss (Présidente de la SFE, Directrice de Recherches au CNRS, MNHN, Paris, Éco-anthropologie et ethnobiologie)

Transformations et permanences :
l'étude de langages musicaux à travers les enregistrements d'archives

Modération : Susanne Fürniss

Dès l'invention du phonographe à la fin du xixe siècle, les chercheurs s’intéressant aux musiques du monde ont largement investi les formidables avancées technologiques de l’époque pour fixer des sons éphémères sur un support matériel et durable. Dès 1900, des témoignages sonores ont été collectés tant dans les pays occidentaux que sur des terrains plus éloignés et difficiles d’accès. Pendant ces dernières décennies, l'écoute de ces « vieux » enregistrements n'était soit plus à l'ordre du jour, soit techniquement plus possible.

La « révolution numérique » a renversé la situation et, depuis quelque temps, ces premiers enregistrements de gravure directe – sur cylindre de cire, sur disque – sont à nouveau et plus facilement accessibles. Qu'est-ce qu'on entend à travers une qualité bien souvent médiocre, voire mauvaise ? Que peut-on comprendre à travers des enregistrements anciens de musiques qui le plus souvent n’existent pas en dehors des représentations qui les font entendre ? Nous souhaitons interroger les documents d'archives sonores plus largement sous l'angle de leur valeur en tant qu'objet musicologique. Tiennent-il la promesse que percevaient les pionniers de la « musicologie comparative » pour l'étude des musiques du monde ? Est-il possible, aujourd'hui, d'utiliser les sources d'archives pour étudier, au sein d'une culture, les transformations – ou permanences – du langage musical au cours du siècle dernier ?

14h45 One hundred years later – Historical recordings in the Berlin Phonogramm-Archiv revisited

Susanne Ziegler (Conservateur honoraire, Berlin Phonogramm-Archiv)

The historical sound recordings in the Berlin Phonogramm-Archiv date back to the beginning of the 20th century. These recordings present unique sources of traditional music, even though they do not conform to contemporary ethnomusicological standards.

In this reference I shall concentrate on wax cylinders, which were recorded with a phonograph. Unfortunately, the sound quality of most of the recordings is rather poor. There are also disadvantages such as the lack of proper designation or deliberate choice of the performers recorded. Thus, in each and every case the reliability of the available historical sound documents must first be verified and carefully studied.

Nevertheless, comparing contemporary recordings with corresponding historical ones allows great insight into former music practices and systems. Some of the music cultures recorded one hundred years ago have since disappeared from the musical landscape, while others have survived in their original form or changed substantially. 

The focus of my paper is on historical sound documents, which I shall compare with equivalent contemporary examples. They include historical and recent recordings from Georgia and Southeast Europe which will be discussed with regard to continuity and change in music cultures.

15h15 L’analyse de la hauteur dans les archives sonores de chant basque monodique (1900-1990)

Marie Hirigoyen-Bidart (Docteur en musicologie, Université de Toulouse 2 le Mirail)

Les premiers enregistrements de chant basque monodique proviennent de l’Exposition Universelle de Paris de 1900. D’autres fonds – datant des années 1913, 1927, 1947, 1960 ou 1990 – complètent peu à peu ces archives sonores, mettant aujourd’hui à notre disposition un véritable témoignage de la pratique vocale monodique en Pays Basque français notamment. Dans le cadre de ma thèse de doctorat de musique[1], j’analyse d’un point de vue musical quelques chants datant de ces époques diverses. Cela me permet de repérer les transformations et permanences musicales sur un corpus s’étalant sur quasiment un siècle. Je formule l’hypothèse qu’il existe dans le chant basque monodique français, non des caractéristiques musicales intrinsèques, mais des éléments musicaux mobiles, notamment du point de vue de la hauteur, qui peuvent être observés grâce à des outils d’analyse modernes dans une dimension diachronique. Cependant, des différences significatives sont à signaler quant à la qualité des enregistrements (liée le plus souvent au matériel utilisé pour la collecte, la sauvegarde et la conservation), ce qui a une incidence sur les possibilités d’analyse offertes.

Je propose ici de décrire les fonds choisis pour cette étude, d’analyser plusieurs chants datant d’époques diverses, ceci afin de mettre en valeur notamment la méthodologie d’analyse choisie et les paramètres musicaux observés, et de terminer en exposant quelques résultats concluants d’un point de vue musicologique.

15h45 Pause-café

16h15 Les archives sonores de l’expédition Orénoque-Amazone (1948-1950)

Diana Alzate (Master 2 en Ethnomusicologie, Université Paris 8 Vincennes Saint-Denis)

En 1948 Alain Gheerbrant, Pierre-Dominique Gaisseau, Jean Fichter et Luis Saenz[1] organisent une importante expédition en Amazonie. À cette occasion, P.-D. Gaisseau mène un important travail de collecte, notamment sur les musiques des populations Piaroa, Makiritare et Guaharibo. Il effectue de nombreux enregistrements sur des disques Pyral dont une vingtaine est conservée au CREM (Centre de Recherche en Ethnomusicologie). À l’époque, cette collecte n’a pas été accompagnée ni d’un travail d’enquête anthropologique et ethnologique auprès des populations, ni d’un inventaire des pièces musicales. Cependant, l’ensemble de ces musiques représente incontestablement un matériel rare et de grande valeur scientifique.

A partir de ce constat, je me suis appuyée sur la publication d’une partie de ces mêmes archives en 1953 par le Musée de l’Homme à Paris[2]. A partir de ces dernières, j’ai mis en place un travail comparatif qui m’a permis de proposer un inventaire des archives non édités. J’ai réalisé, dans un premier temps, un travail de recensement et de confrontation des sources concernant l’expédition ; puis,  j’ai procédé à une analyse de la grammaire musicale.  Les éléments dégagés ont permis d’indexer et de caractériser ces musiques et d’envisager leur valorisation par une recherche comparative dans une perspective à la fois diachronique et synchronique.

[1] Gheerbrant : poète, écrivain, cinéaste ; Gaisseau : documentariste ; Fichter : cameraman ; Saenz : expéditionnaire.

[2] Il s’agit de 5 disques de 78 tours : Expédition Orénoque-Amazone, musique primitive indienne dontla notice a été rédigée par l’anthropologue Simone Dreyfus.

16h45 Mener l’enquête dans les enregistrements d’archives. L’exploration de l’histoire du bwétè au Gabon par l’analyse musicale

Émeline Lechaux (Doctorate en ethnomusicologie, EHESS, Paris)

Le bwétè est une société initiatique que l’on retrouve dans de nombreuses populations au Gabon. Dans la littérature anthropologique et ethnomusicologique, si les questions de l’origine et de la diffusion du bwétè sont souvent abordées, à partir de la restitution et de l’analyse des discours des tenants de la culture, aucune étude ne traite de son histoire par le biais de l’analyse de la matière sonore et par la comparaison d’enregistrements recueillis à des périodes différentes.

Travaillant sur un terrain archivé, celui du fonds Sallée, au Musée de l’Homme, nous en avons fait un terrain d’archives, qui fut le lieu de l’exploration de l’histoire des répertoires du bwétè, sur une période de quarante ans. En effet, jugeant pertinente l’exploitation de matériaux de seconde main en tant qu’objets musicologiques, nous avons réuni dans notre corpus de thèse des sources provenant des corpus de trois ethnomusicologues différents.

Quels outils peut-on mobiliser et quels paramètres musicaux peut-on analyser dans le cadre de l’étude d’un corpus d’enregistrements hétérogènes et de seconde main ?

À partir du logiciel "Lignes de temps", dont notre travail constitue une première expérimentation en ethnomusicologie, nous exposerons les résultats de notre analyse des constantes et des variantes des pièces du répertoire mópɔ̀sɛ̀. Nous verrons que l’analyse musicale d’un tel corpus va de pair avec des questions d’ordre méthodologique, et que l’interprétation des résultats est nécessairement associée aux problématiques de la représentativité et de l’exploitabilité des documents d’archives.

Samedi 25 mai 2013, matin
Sorbonne, Amphithéâtre Guizot, 9h30-12h30

9h30 Accueil des participants

Critères et validation de l'analyse musicale

Modération: Madeleine Leclair

Le travail de l’ethnomusicologue consiste à tenter d’expliciter le fonctionnement et le sens global d’une manifestation musicale. Cela implique en premier lieu d’en identifier et de sélectionner ses paramètres pertinents, que ceux-ci soient relatifs à la dimension sonore ou aux circonstances particulières d’existence de cette manifestation. Des modèles théoriques d’analyse ont été proposés en ce sens, mais la traduction et surtout la transmission de l'expérience vécue pendant le temps de la musique représente encore aujourd’hui une réelle difficulté.

Un autre défi est la question de la communication des résultats de l'analyse en vue de leur validation non seulement par la communauté scientifique mais surtout par les musiciens qui font exister cette musique. Il s'agira de discuter des mécanismes de validation de l'analyse musicale, et de la manière de traduire et transmettre des idées exprimées dans la musique mais qui ne relèvent pas uniquement du domaine de l'acoustique.

9h45 Introduction au thème

Madeleine Leclair (Vice-Présidente de la SFE, Conservatrice du département Ethnomusicologie, Musée d'Ethnographie de Genève)

10h00 Derrière le miroir sans tain de l’analyse : l’analyste

Françoise Étay (Professeur responsable dU Département de musique traditionnelle, Conservatoire (CRR) de Limoges)

Du début du XIXe siècle à nos jours, chansons et airs instrumentaux des régions du centre de la France ont donné lieu à de multiples commentaires et descriptions dont la diversité peut paraître surprenante au premier abord. Que ce soit sur le plan des modes, des tempéraments ou des rythmes, chacun semble avoir entendu un univers musical particulier et parfois totalement différent de celui décrit par ses contemporains.

On peut penser que, au-delà des compétences musicales des musiciens, de la qualité de la formation qu’ils ont reçue, des outils qu’ils ont eus à leur disposition, leur motivation profonde et les raisons pour lesquelles ils se sont intéressés à ces répertoires ont influé, de manière plus ou moins consciente, sur leur façon de les percevoir. Un compositeur, un pédagogue ou un musicologue ont, avant même d’entreprendre leur étude, un éclairage personnel sur la matière musicale qui les préoccupe et aussi des projets différents pour l’exploitation de leurs analyses. Il est possible, par ailleurs, que le rapport direct aux chanteurs et musiciens paysans et la sympathie ou l’indifférence éprouvées à leur égard jouent un rôle quant à la perception, ou non, de la complexité des systèmes musicaux qui marquent leurs productions. De manière comparable, la proximité avec des chercheurs plus âgés et/ou le respect pour  leur œuvre induisent des a priori souvent perceptibles . . . à l’analyse de l’analyse.

10h30 En quête de la formule magique : règles du jeu d'une devise musicale de l'Inde centrale

Nicolas Prévôt (Maître de Conférences en ethnomusicologie, Université Paris Ouest Nanterre La Défense, CREM-LESC)

Mélodie et rythme sont souvent présentés comme les paramètres fondamentaux de la musique. Ils renvoient assez vite aux notions correspondantes d'échelle (mélodique) et de pattern (rythmique). L'analyse d'un répertoire de hautbois et timbales du Bastar (Inde centrale) en quête des critères locaux d'identification des airs qui le constituent nous conduit à questionner la pertinence locale de ces notions d'échelles et de pattern pour y substituer finalement celles de parcours mélodique et de principe rythmique. L'identification des airs est ici cruciale puisqu'il s'agit de devises musicales correspondant à des divinités incarnées lors de rituels. Partant d'un air en particulier, celui dédié à et incarnant la déesse Danteshwari, cette présentation rendra compte, au travers de documents audiovisuels et de transcriptions (réalisées à l'oreille ou au moyen de logiciels), des tâtonnements du chercheur et de la part du hasard dans l'investigation et dans les méthodes de validation des critères d'identification révélés par l'analyse. Au-delà de la question peu posée de l'universalité de l'échelle, ce cas d'étude permettra de discuter – une nouvelle fois peut-être ? – de notre obsession de l'échelle musicale et de la formule magico-rythmique.

11h00 Pause-café

11h30 Comment intégrer la connaissance du corps ? Comprendre la relation musique-danse en Bretagne

Karen Nioche (Doctorante en danse et en ethnomusicologie, Université de Nice Sophia Antipolis)

L'étude de la relation entre danse et musique, du point de vue de la recherche en danse et de l'ethnomusicologie, m'a conduite à interroger les limites de cette catégorisation et les possibilités offertes par l'expérience sensorielle dans le développement d'une « analyse musicale de la danse ».

En effet, les pratiques de danse que l'on rencontre en Bretagne, au sein de festoù-noz ou dans le cadre d'ateliers, ne se commentent pas : la danse se vit, elle ne se « dit » pas.

Face à cette absence du verbe, un constat s'impose : pour étudier la relation entre la danse et la musique, il faut ici se passer des mots des praticiens - et se contenter des rares et courtes phrases lâchées de temps à autres. Mais comment alors, accéder à un champ de connaissances qui relève du corps et de la sensation de l'Autre ? Et quel statut donner à sa propre expérience, à ses propres sensations ? Peuvent-elles constituer le point de départ crédible d'un modèle d'analyse ? Et comment verbaliser ensuite, pour la recherche, une expérience qui ne relève pas du langage ?

Selon une perspective pluridisciplinaire, je propose d’examiner les pistes d’analyse qu’engendre l’« incorporation », une notion qui offre à réfléchir à la plurimodalité de l’expérience de la danse comme aux limites de l’utilisation du mot et de la représentation – dont le chercheur est pourtant dépendant.

12h00 Analyse de la performance en contexte rituel

Marie-France Mifune (Postdoctorante en ethnomusicologie, Projet ANR Diadems, Muséum National d'Histoire Naturelle de Paris)

Le rituel du bwiti fang se présente comme une suite préétablie et continue de pièces musicales où sont réalisés en concomitance chant, jeux instrumentaux, danses et actions rituelles. En concevant le rituel en tant que performance, je propose de prendre en compte dans l’analyse l’ensemble des trois modes expressifs mobilisés : la musique, la langue et le corps.

En appliquant la tripartition sémiologique de Jean Molino à ces trois modes expressifs, cette présentation souhaite mettre en exergue la pertinence de partir de l’analyse formelle des trois matériaux pour comprendre le fonctionnement et le sens global de la performance.

Trois exemples vont illustrer de quelles manières l’analyse formelle permet d’accéder aux stratégies de production et de réception de la performance. Le premier concerne l’interdépendance entre la conception-réalisation des pièces musicales et celles des pièces dansées. Le deuxième et le troisième exemple ont trait au sens structurel et aux significations symboliques de la performance véhiculés par la musique, la langue et le corps au cours du rituel.

13h Déjeuner au restaurant Le Sorbon, 60 rue des Écoles,
pour les personnes préalablement inscrites

 

Samedi 25 mai 2013, après-midi
Sorbonne, Amphithéâtre Guizot, 14h30-17h30

Les outils numériques au service de l'analyse musicale

Modération : François Picard

Il y a eu, il y a et il y aura des tentatives d’analyse automatisée des musiques. Il s’agira sans doute de faire un état des lieux et de partager des expériences récentes. Mais les outils numériques vont bien au-delà d'une application au seul sein d'une communauté scientifique somme toute assez restreinte : ils permettent d’élargir à un très large cercle de connaisseurs et d’experts les données accompagnant les enregistrements, désormais diffusés sur le Web (Archives de la Parole sur Gallica, Telemeta, Fonds Brailoiu, Fonds Lomax, Robert Garfias…).

Les intersections entre logiciels permettent désormais de combiner de manière synchrone écoute, visualisation (d’une transcription sur portée ou d’un schéma des hauteurs et/ou d’un sonagramme) et commentaires. D’autres intersections permettent l’analyse automatisée à partir de transcriptions classiques mises sur portée, et à terme la recherche systématique, comme on le fait pour le répertoire de la modalité « grégorienne » http://www.globalchant.org/.

14h30 Accueil des participants

14h45 Introduction au thème

François Picard (Professeur de musiciologie, Université Paris-Sorbonne)

15h00 Carnet de Notes : De la collection sonore à l'analyse sur mesure, un projet fondé sur le web.

Alice Tacaille (Maître de Conférences en musiciologie, Université Paris Sorbonne)

Carnet de Notes est un espace collaboratif conçu comme une bibliothèque musicale. Mais au-delà de la conservation et de la publication des mélodies, Carnet de Notes  propose au chercheur, à partir de ses collections, un ensemble de données musicales ouvertes à l'interprétation. Le travail comparatif  d'une mélodie à l'autre, notamment, se trouve étayé de nombreuses "vues de détail", qui peuvent servir tout autant l'histoire que l'ethnomusicologie.

15h30 Analyses diachronique et synchronique automatiques des organisations micro­rythmiques du monde afro-diasporique

Gérald Guillot (Docteur en musicologie de l’Université Paris-Sorbonne)

La très grande majorité des esthétiques musicales issues de la diaspora africaine (notamment d’origine yoruba et bantou) présente une organisation microrythmique essentielle, véritable marqueur nécessitant des méthodes d’analyse spécifiques. Le traitement automatisé d’enregistrements audio permet, dans une perspective comparatiste, de montrer à la fois la très large diffusion géographique et historique du phénomène, que ce soit dans ses traits récurrents  et sa diversité.

16h00 Pause-café

16h30 Analyser les timbres grésillants : l’importance d’une approche pluridisciplinaire

Stéphanie Weisser (Maître de Conférences en Ethnomusicologie à l’ULB, Conservateur Musée des Instruments de Musique de Bruxelles),
Didier Demolin (Professeur de Phonétique/Phonologie, Université Stendal, Grenoble)

Contrairement à la musique savante occidentale classique, de nombreuses cultures utilisent des timbres grésillants. Pourtant, les outils manquent pour analyser adéquatement ce type de sonorités : la plupart des ressources ont été pensées pour l’analyse des sons produits en contexte occidental. Cette contribution présentera plusieurs études de cas centrés sur des cordophones équipés de dispositifs spécifiques au niveau du chevalet, qui génèrent une sonorité grésillante. Bien que le processus perceptif et physique soit relativement bien compris et descriptible dans sa globalité, l’analyse précise des couleurs sonores est plus problématique. Or, c’est cet « ajustage fin » qui est culturellement et musicalement signifiant. Une approche pluridisciplinaire est donc nécessaire afin de susciter le développement d’outils logiciels adaptés et de mettre en perspective « l’universalité » sous-entendue des outils numériques, surtout automatisés, d’analyse sonore et musicale.  

17h00 Structure et mécanismes cognitifs des rāga dela dynastie des Rajam. Entre composition et improvisation

Julien Debove (Doctorant en ethnomusicologie sur contrat PNMU, EHESS, Paris)

A travers l’analyse comparée de plusieurs rāga indiens interprétés au violon par N. Rajam et Ragini Shankar, de la Gwalior Gharānā, dans le style vocal (Gayāki Anga), il s’agira plus particulièrement d’étudier et de comprendre les principes de construction et les mécanismes cognitifs de cette musique modale.

L’objectif est de comprendre la façon dont les musiciens improvisent et « pensent » la musique classique indienne  Ces principes et ces mécanismes seront mis en valeur  par différentes formes de représentation à partir des moyens technologiques et numériques d’aujourd’hui  Une attention particulière sera donnée aux variations des pulsations au sein des différentes parties du rāga, à la trajectoire modale des rāga ainsi qu’aux mécanismes (conscients ou inconscients) utilisés dans l’improvisation rapide  (tāna).

Un véritable choix devra être fait pour discerner au delà de ces principes et ces mécanismes ce qui doit (ou ne doit pas) être écrit. La musique indienne étant une musique vivante différente d’une exécution à une autre, il ne s’agira en aucun cas de fixer définitivement les éléments improvisés, mais plutôt de comprendre comment ils sont constitués et modulables.

19h Dîner au restaurant Le Pot de Terre, 22 rue du Pot de Fer, Paris 5e
pour les personnes préalablement inscrites

Soirée musicale : apportez vos instruments !

 

Dimanche 26 mai 2013
Musée du quai Branly, Salle de cinéma, 9h30-12h30

9h45 Accueil des participants

Les outils numériques au service de l'analyse musicale (suite)

Modération : Anne Damon-Guillot
(Maître de Conférences, Université Jean Monnet, Saint-Étienne)

10h00 Le trovo et ses modes. Etude modale de certaines mélodies du sud de l’Espagne

Suzy Félix (Doctorante en ethnomusicologie, Université Paris Sorbonne)

Le Trovo est une joute orale improvisée et chantée qui se pratique dans le sud de l’Espagne. Deux poètes que l’on nomme trovadores s’affrontent verbalement sur un sujet déterminé et devant un public.

Héritage d’Homère, des Troubadours de Provence ou zajal d’Al Andalus ? La question des origines reste très présente dans le sud de l’Espagne. Si certains paramètres (instrumentation, chant long, a-mesuré…) évoquent la culture de ce voisin proche de l’autre côté de la Méditerranée, qu’en est il d’un point de vue de la modalité ?  Certaines intonations (inflexions ou notes mobiles) dans les mélodies laissent libre cours à tout type d’interprétation.

Sur quel matériau sonore sont construites les mélodies ?  Comment déterminer les échelles ? Comment analyser et interpréter les modes ? Et enfin, quelles en sont les conclusions?

Nous utiliserons notamment un système élaboré d’analyse modale mis au point par Amine Beyhom qui utilise les outils de la Systématique modale étenduspar le recours au logiciel PRAAT.

10h30 Dispositifs d’analyse et stratégies de représentation : les avantages du logiciel iAnalyse dans la communication des résultats de l’analyse

Jeanne Miramon-Bonhoure (Doctorante en ethnomusicologie, Université Paris Sorbonne)

Cette communication propose de mettre en avant les possibilités qu’offre le logiciel iAnalyse développé par Pierre Couprie dans la mise en forme et la présentation des résultats de l’analyse musicologique, à partir d’un exemple d’analyse de musique hindustani.

Si le travail de transcription tel qu’il a été proposé par Richard Widdess nous a montré à quel point il était utile et possible de noter une interprétation, les outils numériques nous permettent à présent d’aller plus loin, notamment dans la représentation des subtilités de timbre, dynamiques et appuis qui se situent au-delà des notes.

Il ne s’agit pas de refuser l'écriture mais de chercher à développer de nouveaux moyens de présentation plus efficaces où il devient possible d’annoter le son de manière lisible sans l’assujettir à une prescription comme la partition : ainsi l’utilisation et la combinaison des logiciels (Praat, Sonic Visualiser, Audacity, iAnalyse) permettent de transmettre une compréhension de l’« œuvre » à travers une analyse où le son et celles et ceux qui le produisent sont au centre du dispositif.

Je m’appuierai sur mes travaux de thèse en préparation pour illustrer mon propos et soumettre plusieurs dispositifs en cours d’élaboration liés à l’analyse des styles de jeu à la flûte bansuri.

11h00 Pause-café

11h30 Table ronde de synthèse

Simha Arom (Directeur de Recherches honoraire au CNRS, Paris)
Philippe Cathé (Maître de Conférences en musiciologie, Université Paris-Sorbonne)
Madeleine Leclair, François Picard, Susanne Fürniss

 


[1] HIRIGOYEN BIDART Marie, Le chant basque monodique (1897 - 1990) : analyse musicologique comparée des sources écrites et musicales, Thèse de Doctorat de musique, sous la direction de Philippe Canguilhem, Jean-Christophe Maillard et Pascal Gaillard, Toulouse, soutenue à l’Université de Toulouse-Le Mirail, le 25 septembre 2012.

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