Cahiers d’ethnomusicologie, vol. 32/2019

« Musiques de migrants »

Appel à contributions

Délai d’inscription : 3 septembre 2018

Les multiples tensions dont sont chargées les musiques de l’exil ont été largement étudiées par l’ethnomusicologie, dès sa constitution comme discipline. Depuis, de nombreuses recherches relevant soit de l’anthropologie diffusionniste, soit d’une orientation sociologique, parfois en histoire sociale de la musique, ont fait de l’étude des répertoires musicaux un outil pour l’étude des formes d’attachement aux cultures d’origine, qu’il s’agisse de les envisager sous l’angle d’une préservation, ou, au contraire, sous celui de la créolité, de l’hybridation ou de la fusion.

Avec l’accélération de la globalisation, l’ethnomusicologie a vu ses paradigmes se renouveler et une nouvelle génération de chercheuses et de chercheurs explore aujourd’hui  de nouvelles pistes, parmi lesquelles la façon dont de nouveaux sons sont fabriqués, dont des formes de cosmopolitisme musical émergent ou dont des pratiques musiciennes s’articulent au politique dans la perspective d’une gestion des flux migratoires. Ces travaux examinent la manière dont la musique permet d’équiper une société d’accueil de représentations positives de l’altérité. Ainsi, la tentative de construction d’une figure de l’autre en artiste musicien, valorisation artistique visant à favoriser son intégration, se retrouve, par exemple, dans le concours Creole, Musiques du Monde d’Allemagne, ou encore dans le festival Villes des Musiques du Monde d’Aubervilliers. Ce processus tend à se généraliser : dans de nombreuses structures associatives comme dans les conservatoires, les écoles de musique et les équipements culturels, des ateliers de musique destinés aux migrants ou animés par des migrants se font jour.

Dans le but d’interroger cette dynamique, ce numéro des Cahiers d’ethnomusicologie souhaite réunir un certain nombre d’observations portées sur des situations qui rendent compte de « ce qui se passe » lorsque le lien aux migrants se construit sur une base musicienne. Que peuvent ces observations nous dire des ontologies musiciennes, des répertoires spécifiques comme de ceux qui sont partagés, de leur incorporation, des échanges, des actions menées en commun, des tensions qui émergent dans les situations dramatiques qui se vivent aujourd’hui en Europe notamment ou des incompréhensions qui peuvent surgir ? Car, même lorsque la tension est à son comble, que le processus migratoire, proche de l’anomie, se situe dans une zone d’incertitude existentielle, des solidarités se manifestent, des écoutes se façonnent qui engagent la musique, pensée ici comme forme relationnelle, sur le mode de l’échange social.

Les contributions centrées sur les thèmes suivants seront accueillies avec intérêt :

— de quoi le face-à-face artistique et humain est-il porteur ?

— comment le lien aux codes culturels d’origine est-il activé par la musique pour chacun de ceux qui sont présents dans l’échange ?

— quelle est cette part d’eux-mêmes que des migrants transportent lorsqu’ils se trouvent dans ces situations proches de l’anomie ?

— en quoi le processus migratoire affecte-t-il les pratiques musicales des migrants ?

— que visent les dispositifs d’éducation musicale et de pratique collective mis en place dans des camps, dans les institutions, dans les structures associatives ? Et que nous disent-ils de la rencontre, de l’échange culturel, de la capacité d’attention de chacun dans ces situations de musique ?

— les ethnomusicologues ont-ils ou devraient-ils avoir un rôle à jouer dans l’organisation de projets musicaux mettant en scène des musiciens migrants ?

— quels effets la présence de musiciens migrants a-t-elle sur les pratiques musicales dans leur terre d’accueil ?

— une fois le processus de migration effectué, qu’en est-il de la rencontre et de l’échange ? quelle est la part de visibilité des musiques issues de l’immigration et de leur insertion dans l’espace public ?

— enfin, les processus migratoires, quelle que soit leur origine, sont souvent à l’origine de transferts culturels. Dans quelle mesure certaines pratiques actuelles portent-elles la mémoire, soit récente, soit plus ancienne, de ces mises en contact culturelles ?

Cet appel concerne toutes les aires géographiques et toutes les configurations historiques.

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Le volume 32, « Musiques de migrants », est coordonné par Denis Laborde (CNRS-EHESS) et Luc Charles-Dominique (Université Côte d’Azur).

Envoyer une proposition d’une page maximum (titre, abstract) et un court CV à : 

Denis.laborde@ehess.fr

l.charles-dominique@wanadoo.fr

avant le 3 septembre 2018.

Les auteurs dont les propositions auront été retenues devront envoyer leur article avant le 1er décembre 2018.

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