Actualités de l'ethnomusicologie

La revue à comité de lecture des Annales Islamologiques lance un appel à contribution pour son numéro 52, sur le thème “Matérialisation, dématérialisation et circulations des musiques du Moyen-Orient, XIXe-XXIe siècles”.

Les propositions d’articles, de 350 mots maximum, devront être envoyées avant le 28 février 2018 aux adresses suivantes : sevgabry@gmail.com et fredlag@noos.fr. Les articles sont ensuite attendus pour le 1er juillet 2018 et n’excèderont pas 55 000 signes.

 

Matérialisation, dématérialisation et circulations des musiques du Moyen-Orient

xixe-xxie siècles

Coordination : Séverine Gabry-Thienpont et Frédéric Lagrange

Désormais centrale dans le paysage musical du monde arabe, la question de la patrimonialisation des musiques touche tous les répertoires et prend des formes très diverses. La question de leur matérialité se pose donc. Confrontée à l’évolution des moyens techniques et technologiques, des premiers cylindres phonographiques au format MP4, des instruments acoustiques à l’orgue électrique des années 1970 ou l’autotune des scènes électro contemporaines, les musiques du monde arabe ont pris dès le tournant du XXe siècle différents chemins en pleine concordance avec leur contexte technique et technologique. Aujourd’hui, certaines musiques se vivent pleinement lors de festivités publiques ou privées, festivals ou mahragān, manifestations religieuses, « traditions » réinventées ou repensées au gré des modes, ou compositions associées à des courants musicaux émergents et à des expériences sensorielles repoussant les effets esthétiques de la sonorisation. Parallèlement, des expressions musicales sombrent dans l’oubli : disques 78 tours mais aussi bandes magnétiques voire cassette désuètes jonchent les étagères poussiéreuses de studio tombés en déshérence. D’autres encore inondent la toile, ouvrant la voie à ce que Pierre France a récemment nommé dans un journal grand public une « patrimonialisation sauvage » des musiques. Mais en 2017, plus aucune d’entre elles n’est éphémère : absolument toutes sont enregistrées, filmées, postées en ligne. Les musiques se diffusent avec ou sans contrôle, avec ou sans profit, bien au-delà des frontières moyen-orientales.

Les musiques du monde arabe sont ainsi soumises tant à des processus de patrimonialisation qu’à des dynamiques politiques et économiques propres à la région renforçant leur dématérialisation. Ces processus en redessinent les contours, le langage et, plus largement, les formes d’expression et leur esthétisation.

L’objectif de ce numéro des Annales Islamologiques sera de mettre l’accent sur les compositions enregistrées, sur les créations musicales et sur la patrimonialisation des répertoires – à travers l’accès aux archives publiques ou privées – qui jalonnent l’histoire des musiques au Moyen-Orient tout au long du XXe siècle. Nous considérerons la manière dont la matérialisation et la subséquente dématérialisation des musiques, tant dans leur composition que dans leur patrimonialisation, impactent la production, la circulation, l’écoute et l’esthétique des productions aussi bien anciennes que contemporaines. Le développement du numérique et les circulations qu’il engendre entraînent de nouvelles formes d’expression musicale : en considérer les ressorts permettra de rendre compte de la façon dont les différents supports de la musique ont, en partie, conduit à modeler cette histoire. La diversité des enregistrements de la deuxième moitié du XXe siècle jusqu’à nos jours, trop méconnue, sera également abordée.

Ce numéro des AnIsl recevra les contributions de musicologues, ethnomusicologues, anthropologues et historiens pour investir cette réflexion. Nous privilégierons les études de cas qui proposeront une double perspective : l’analyse des processus à l’œuvre autour de la création et de la patrimonialisation des musiques du monde arabe ; la documentation des diverses entreprises locales de compositions (techniques sonores, matérialité des musiques, sources d’inspiration) et de constitution d’archives musicales, tant privées et publiques, qui ont vu et voient encore le jour au Moyen Orient.

The Department of Music of the University of Pittsburgh invites applications for a faculty position to begin September 1, 2018, pending budgetary approval. The appointment will be made at the level of Lecturer, not in the tenure stream, for an initial term of three years.Position: Lecturer in Ethnomusicology; full-time, non-tenure stream; renewable.Duties: Teach undergraduate courses in ethnomusicology (2 courses per semester); teach the University Gamelan (1 course per semester); and share in departmental responsibilities.Qualifications: Candidates will have received the PhD or MA degree by June 2018 and demonstrated evidence of scholarly promise and excellence in teaching.The successful candidate will work closely with the ethnomusicology faculty. We are particularly interested in candidates who can develop and teach new courses in the study of popular music.The Department of Music offers the B.A. degree within a liberal arts school and M.A. and Ph.D. degrees in musicology, ethnomusicology, jazz studies, and composition and theory. The graduate program provides students with instruction in the histories, methodologies, theoretical frameworks and analytical techniques of the sub-disciplines, and encourages interaction across sub-disciplines. Further information is available at the Department’s Website: http://www.music.pitt.edu/.Candidates should submit a letter of application, a curriculum vitae, and three letters of reference to https://facultysearch.as.pitt.edu/apply/index/MjE5In order to ensure full consideration, applications must be received by February 22, 2018.The University of Pittsburgh is an Affirmative Action/Equal Opportunity Employer and values equality of opportunity, human dignity and diversity. EEO/AA/M/F/Vets/Disabled

Appel à candidatures

Prix de la Maison des Cultures du Monde

Depuis sa création en 1982, la Maison des Cultures du Monde s’est fixé comme objectif de faire connaître et reconnaître des expressions remarquables de la diversité culturelle à travers le monde. Il s'agit en particulier de formes spectaculaires (théâtre, marionnettes, performance à caractère rituel ou symbolique) et d'expressions musicales et/ou dansées qui sont peu connues du public français, ou peu documentées, ou présentées par des artistes et/ou praticiens méconnus en France. La Maison des Cultures du Monde a acquis et développé dans ce domaine une expertise et un savoir-faire qu’elle souhaite partager avec les nouvelles générations de chercheurs.

À l’occasion du trentième anniversaire de sa fondation, la Maison des Cultures du Monde a créé en 2012 un prix destiné à permettre à un(e) étudiant(e) ou jeune chercheur(se) la réalisation d’un projet d'étude et de valorisation d’une forme spectaculaire et/ou musicale correspondant à cette orientation artistique.

Ce prix permet au/à la lauréat(e) de compléter son projet de recherche en lui offrant la possibilité de faire venir en France dans le cadre du Festival de l’Imaginaire des artistes et/ou praticiens de la forme spectaculaire et/ou musicale qu'il/elle étudie.

 

Règlement

Article 1

Le ou la lauréat(e) du Prix de la Maison des Cultures du Monde se voit offrir :

- une formation de cinq jours, au cours de laquelle les chercheurs, administrateurs et techniciens de la Maison des Cultures du Monde lui font partager leurs expérience et savoir-faire. Ces 5 jours ne sont pas forcément regroupés et peuvent prendre la forme de plusieurs rencontres, à Paris et/ou Vitré.

- une mission (voyage et séjour) d'une semaine maximum dans le pays de la forme spectaculaire ou/et de l’expression musicale étudiée dans les limites du projet et du budget retenus. Cette mission n’est pas une mission d’étude ou de recherche mais a pour but d’identifier les artistes et/ou praticiens qui seront invités au Festival de l’Imaginaire et d’initier le projet de leur venue en France.

La Maison des Cultures du Monde prend également en charge les frais relatifs à l’invitation en France des artistes et/ou praticiens de cette forme en fonction du projet et du budget retenus.

 

Article 2

Le prix est financé par la Maison des Cultures du Monde.

 

Article 3

Le prix est décerné par un jury composé de personnalités scientifiques, de professionnels du spectacle et de praticiens, présidé par Chérif Khaznadar.

 

Article 4

Peut concourir au Prix de la Maison des Cultures du Monde toute personne âgée de moins de trente-cinq ans effectuant des études dans une université française (niveau master I minimum), qui dans le cadre de ses recherches s’intéresse à des formes spectaculaires et/ou musicales n’ayant jamais été présentées en France, ou l'ayant été dans une interprétation différente de celle qui fait l’objet de son attention.

 

Article 5

La forme spectaculaire et/ou musicale faisant l’objet du dossier de candidature doit impérativement se conformer à deux critères :

- pouvoir être extraite de son environnement sans que cela porte préjudice à la communauté qui la pratique, ni aux artistes/praticiens qui la portent ;

- contribuer à une meilleure connaissance de la société dont elle est issue.

 

Article 6

Les candidats doivent fournir un dossier au format PDF constitué d'un CV synthétique (2 pages maximum), d'une lettre de motivation, ainsi que d'un projet de 10 000 signes maximum comprenant les éléments suivants :

1/ Une information sur la pratique incluant :

- le nom de la forme spectaculaire ou musicale et de la communauté de praticiens ou d'artistes,

- la région dans laquelle cette forme est pratiquée,

- une description de cette pratique et un aperçu de l'étude en cours ou réalisée ;

2/ La période prévue pour la mission de prospection

3/ Un avant-projet de programmation de spectacle décrivant :

- les éléments de la forme susceptibles d’être présentés sur scène dans un programme de 60 à 120 minutes,

- le cas échéant le répertoire,

- le nombre d’artistes et/ou de praticiens minimum nécessaires et/ou souhaitables

- les personnes ressources localement impliquées dans le projet et leur rôle

Les documents multimédias devront être joints par mail ou envoyés par une plateforme de transfert de fichiers.

Les formats acceptés sont les suivants :

- mp4 ou avi pour la video (5 extraits de 5mn maximum),

- wave, aif ou mp3 pour l'audio (5 extraits de 5mn maximum),

- jpg ou tif pour les photos (une dizaine maximum).

 

Article 7

Les dossiers de candidature doivent être envoyés au plus tard le 15 janvier 2018 à minuit.

Le ou la lauréat(e) sera informé(e) fin janvier 2018.

Les artistes ou praticiens seront invités à la 23ème édition du Festival de l’Imaginaire en 2019.

 

Article 8

Les dossiers sont à envoyer par voie électronique à :

documentation@maisondesculturesdumonde.org

www.maisondesculturesdumonde.org

Les Ateliers Sciences et Voix créent une Chaîne YouTube pour la diffusion de leurs podcasts:
L'Atelier Sciences et Voix (ASV) est un lieu de rencontre mensuelle entre des scientifiques, des orthophonistes, des phoniatres, des professeurs de chant, des pédagogues de la voix et le grand public, intéressés par la présentation d’une recherche actuelle sur la voix.
L’ASV s’articule autour de la présentation d’un intervenant invité et d'échanges avec les participants. L’intervenant invité est une personnalité du milieu scientifique, médicale ou artistique, ayant réalisé récemment des travaux de recherche sur la voix (mécanisme de production, usage, analyse-synthèse, perception, …).
L'Atelier Sciences et Voix est actuellement soutenu par les Groupes Spécialisés d'Acoustique de la Parole et d'Acoustique Musicale de la Société Française d'Acoustique (GAP-SFA et GSAM-SFA), par l'Association Francophone de la Communication Parlée (AFCP) et par le Laboratoire GIPSA-lab.

Retrouvez les thèmes abordés aux précédents Ateliers :

(V) signale les Ateliers qui sont podcastés sur le site et leur chaîne YouTube
  • Production de la voix
  • Stratégies d’ajustement résonantiel en voix chantée
  • Après-midi LARYNX
  • La métaphore scientifique dans l’enseignement du chant
  • La voix de l'enfant (V)
  • Exploration de la voix chantée par IRM dynamique
  • Interactions Voix-Parole: rôle et estimation quantitative de la force de voix (V)
  • La Voix, ce merveilleux outil de la persuasion (V)
  • La féminisation vocale (V)
  •  Perception de la voix, Cognition
  • Perception de la Voix Chantée
  • Perception de la justesse en voix chantée (V)
  • Cognition de la Voix Chantée (V)
  • La voix et Soi - ce que notre voix dit de nous (V)
  • Expressions vocales - parole et chant
PAROLE
  • Diversité de l’usage de la voix dans les langues (V)
  • Du lien entre parole et gestualité manuelle dans l'acte de communiquer (V)
  • L’adaptation de la parole à la distance : voix criée, parole sifflée et parole tambourinée (V)
CHANT
  • Analyse fibroscopique et acoustique du long chant mongol
  • Points-clef du travail vocal dans un chœur : le point de vue du phoniatre
  • Le Yodel des pygmées
  • La transmission du höömij, un art du timbre vocal (V)
  • Le Human Beatbox (V)
  • Santé vocale
  • Effort vocal et hyper-articulation: quel(s) lien(s) ?
  • Analyse aérodynamique de la phonation avec une paille
  • Divers aspects du forçage vocal (V)
  • Morbidité vocale de la chirurgie endocrinienne cervicale : cas de la thyroïdectomie et parathyroïdectomie (V)
  • La charge vocale (V)
  • Le cœur aphone de la voix à l'épreuve de la psychanalyse (V)
  • Arts, musique, mémoire et prise en charge de la maladie d'Alzheimer
  • Technologies
  • Synthèse de la voix contrôlée par le geste. Application au Chorus Digitalis
  • Technologies vocales pour l’aide au handicap et la rééducation orthophonique (V)
  • Des machines parlantes aux humanoïdes expressifs : les voix artificielles d’Hollywood

La revue à comité de lecture Transposition – Musique et sciences sociales lance un appel à contribution pour son numéro 8 sur le thème "Musique : Patrimoine Immatériel ?".

Les propositions d'articles (~1500-2500 caractères espaces compris) devront être envoyées en français ou en anglais au plus tard le 1er février 2018, à l'adresse : transposition.submission@gmail.com. Les articles seront à remettre pour la fin du printemps.

Les détails de l'appel ce trouve ici : http://transposition.revues.org/1142

Nous encourageons les contributions provenant de chercheur-se-s, de professionnel-le-s de la musique et de professionnel-le-s du patrimoine, tous niveaux confondus.

Transposition. Musique et sciences sociales

http://transposition.revues.org/1142

N° 8 (2019) – Musique : patrimoine immatériel ?

Coordination : Elsa Broclain, Benoît Haug & Pénélope Patrix

En 2017, près d'un tiers des dossiers soumis à l'UNESCO pour une inscription sur les listes du Patrimoine Culturel Immatériel de l'Humanité (PCI) présentent une composante musicale notable. Le rebetiko grec pourrait ainsi rejoindre plus de soixante-dix « musiques » – souvent articulées à des fêtes, danses, rituels, poésies, savoir-faire – dont le tango du Rio de la Plata, le shashmaqam en Asie centrale, le samba de roda brésilien ou encore l'artisanat et le jeu du tar en Azerbaïdjan. Les candidatures affluent depuis l'entrée en vigueur en 2006 de la Convention internationale pour la sauvegarde du PCI, qui a institué un nouveau paradigme patrimonial fondé sur les pratiques et les communautés plutôt que sur les monuments et les artefacts[1], dans la perspective des « nouveaux patrimoines » à dimension ouverte et participative[2]. Au-delà du giron des Nations Unies, cette nouvelle catégorie du « patrimoine immatériel » a infusé dans les lexiques et usages des inventaires nationaux, des politiques culturelles locales, des activités patrimoniales et muséales et dans les discours ordinaires, générant une diversité de modes d'appropriation et de contestation. Devant l'ampleur du phénomène, ce numéro de la revue Transposition propose d'explorer les spécificités de la musique dans le domaine du « patrimoine culturel immatériel », au sein du périmètre pratiqué par l'UNESCO et au-delà.

Que fait le « patrimoine immatériel » à la musique ? Et inversement, que fait la musique au « patrimoine immatériel » ? Malgré une « inflation éditoriale » des études sur la patrimonialisation depuis les années 1980, l'analyse des effets de ce nouveau régime patrimonial sur la musique n'en est qu'à ses débuts. De récentes études ont commencé à interroger les inflexions du sens et de la valeur attribués aux musiques « patrimonialisées », notamment dans le domaine anglophone où le music heritage prend la forme d'un champ spécifique[3]. Dans le domaine francophone, des travaux se sont concentrés sur les transformations engendrées par la labellisation, depuis la mise en spectacle et en tourisme des pratiques[4] à leur mise en mémoire et en exposition[5] en passant par la modification des rapports de pouvoir entre les différents types d'acteur-trice-s impliqué-e-s[6]. Mais la musique semble alors se dissoudre dans la réflexion plus générale sur le PCI, voire dans le large des processus de patrimonialisation, qui demandent pourtant à être repensés à l'aune des récents déplacements. Dans le sillage de ces études, Transposition propose donc d'interroger la singularité des interactions entre musique et « patrimoine immatériel », en portant une attention très particulière aux façons dont cette notion est pratiquée (voire contestée) sur le terrain.

Âprement débattue lors de la rédaction de la Convention, cette notion répondait en partie à la nécessité fonctionnelle d'une séparation des patrimoines de l'humanité en trois catégories (matériel, naturel et immatériel), correspondant à des divisions institutionnelles propres à l'UNESCO[7]. Une telle répartition n'est pas sans conséquences : plusieurs chercheur-se-s ont soulevé les problèmes épistémologiques et pratiques posés par cette nouvelle catégorie « paradoxale » sur le terrain[8], notamment en raison de la séparation artificielle qu'elle induit entre les dimensions matérielle et immatérielle de la culture[9]. Or la musique permet d'interroger cette division avec une certaine acuité, ne serait-ce que parce que la catégorie d'« immatérialité » renvoie à un héritage qui la situe du côté de l'esprit, voire de l'absolu[10] et de l'ineffable[11] – c'est-à-dire à une conception occidentale de l'expérience musicale, quand bien même l'UNESCO agit en vertu d'un prétendu « patrimoine de l'humanité » qui serait dans l'horizon de réception de tou-te-s. De fait, cette perspective universaliste entre en tension avec les spécificités locales des pratiques et formes symboliques qu'il s'agit de sauvegarder, tension que renforce la vocation de la Convention pour la sauvegarde du PCI à préserver la diversité des cultures contre les effets de la mondialisation[12]. Qu'implique donc le fait de mettre à un régime « immatériel » commun des musiques diversement ancrées dans des corps, des instruments, des objets et des lieux ? Comment les contextes performatifs, rituels et sociaux s'en trouvent-ils reconfigurés ? En somme, dans quelle mesure la catégorie de « patrimoine immatériel » peut-elle infléchir les imaginaires, conceptions et expériences locales de la musique, et par capillarité les théories vernaculaires et pratiques de création, de transmission, mais aussi de médiation ou de conservation ?

Se demander ce qu'est une musique pour celles et ceux qui la vivent au quotidien, que ce soit en la jouant, en l'écoutant, en la transmettant, en l'appréciant, en l'exposant, en l'archivant ou encore en la médiatisant, nous fait donc avancer en terres ontologiques. La dialectique entre matérialité et immatérialité peut dès lors s'arrimer opportunément à la question des supports et moyens matériels de la patrimonialisation musicale : le dispositif de l'UNESCO s'inscrit dans le sillage de processus de collecte et de conservation remontant au moins au xixe siècle, et tirant parti d'innovations technologiques – en premier lieu dans le domaine phonographique[13]. Loin de « dématérialiser » l'expérience musicale, les outils numériques lui confèrent de nouvelles matérialités et l'installent dans de nouveaux dispositifs de production et de réception. Ils permettent dans le même temps la constitution d'une archive sonore inscrite sur des supports inédits, renouvelant les pratiques de conservation, de collection et de mise en répertoire. Ils créent parfois, à rebours, des attachements nouveaux pour les objets, les reliques et les traces. La dialectique entre matérialité et immatérialité dans les processus d'exposition, de conservation et de transmission de la musique, et plus largement dans la diversité des pratiques musicales, mérite donc d'être interrogée à nouveaux frais.

Transposition fait appel au large spectre des sciences humaines et sociales pour investir cette réflexion critique sur les patrimonialisations musicales, prenant la diffusion croissante du paradigme du « patrimoine culturel immatériel » comme point de départ d'une analyse plus générale des articulations entre musique, patrimoine et immatérialité. D'études de cas en propositions théoriques, les contributions pourront s'organiser autour des axes suivants :

1.  Musiques et « patrimoine culturel immatériel » : enjeux politiques et esthétiques. En prêtant attention aux spécificités de la musique dans ses interactions avec le paradigme du PCI, seront interrogés les effets sociaux, politiques, mémoriaux et esthétiques du label et des dispositifs afférents. Les contributions pourront notamment s'intéresser aux carrières de musicien-ne-s, aux stratégies d'appropriation, de détournement ou de contestation des dispositifs patrimoniaux, aux effets de la scénarisation et de la médiatisation sur les pratiques musicales et à leurs conséquences stylistiques. Pourront également être examinés les rapports de pouvoir entre acteur-trice-s de ces processus, les effets de légitimation, de reconnaissance et d'exclusion au sein de « communautés », ainsi que la façon dont les échelles locales, nationales et globales s'en trouvent redéfinies.

2.   Patrimoines musicaux en question : histoire et renouvellement des pratiques patrimoniales. Il convient d'interroger l'idée-même de « patrimoine musical », ses présupposés et les valeurs qu'elle véhicule, en resituant son avatar le plus récent (le PCI) dans un processus historique de conservation, de régulation et de mise en valeur. Les propositions pourront s'intéresser à des façons plurielles (parfois concurrentes) de patrimonialiser la musique, et se demander comment les pratiques d'exposition, d'archivage et de médiation se sont vues modifiées par les technologies, idéologies et prescriptions patrimoniales. Dès lors, les vertus protectrices voire émancipatrices de ces dernières, de même que la légitimité qu'elles confèrent aux pratiques musicales, pourront être mises en balance des nouveaux cadres, formats, marchés, mais aussi des injonctions paradoxales à toujours plus de « tangibilité ».

3.   Matérialité(s) et immatérialité(s) de la musique. En s'adossant à une distinction entre culture matérielle et immatérielle, le tournant du PCI invite à investir le champ épistémologique. Les processus de patrimonialisation sont en effet susceptibles de révéler et d'infléchir les catégories et théories vernaculaires par lesquelles les musiques sont qualifiées, pratiquées, appréciées et transmises. Questionner ces catégories et ce qu'elles mettent en jeu, en particulier dans la relation à d'autres strates de l'expérience (corporelle, instrumentale, poétique, rituelle, sociale, etc.), permettra de considérer différentes ontologies de la musique qui ne se structurent pas toutes autour d'une dialectique binaire entre le matériel et l'immatériel.

Outre les contributions scientifiques au dossier thématique, qui seront soumises à l'approbation du comité scientifique, la revue Transposition est ouverte à d'autres formats, qu'ils soient originaux ou déjà éprouvés dans la revue, dont celui de l'entretien (cf. https://transposition.revues.org). Le cas échéant, l'auteur-e prendra le soin de préciser qu'il/elle prétend à cette catégorie Varia.

Transposition accueille des publications en français et en anglais. Les propositions d'articles (~1500-2500 caractères espaces compris hors bibliographie) devront être adressées avant le 1er février 2018 à transposition.submission@gmail.com. Les articles seront à produire pour la fin du printemps.

Les auteur-e-s retenu-e-s pourront être invité-e-s à participer à une journée de travail organisée au cours de la période de rédaction des articles.


[1] KURIN, R., « Safeguarding intangible cultural heritage : key factors in implementing the 2003 convention », International journal of intangible heritage 2 (2007) ; BORTOLOTTO, C. (dir.), Le Patrimoine culturel immatériel : enjeux d'une nouvelle catégorie, Paris, MSH, 2011.

[2] AUCLAIR, E., FAIRCLOUGH, G., Theory and practice in heritage and sustainability : between past and future, Londres, Routledgen, 2015  (2e éd.).

[3] BRANDELLERO, A., JANSSEN, S., COHEN, S. & ROBERTS, L. (dir.), « Popular music heritage, cultural memory and cultural identity », International journal of heritage studies 20/3 (2014), p. 219-223 ; COHEN, S., KNIFTON, R., LEONARD, M. & ROBERTS, M. (dir.), Sites of popular music heritage, Londres, Routledge, 2015 ; BAKER, S., ISTVANDITY, L. & NOWAK, R., « The sound of music heritage : curating popular music in music museums and exhibitions », International journal of heritage studies 22/1 (2016).

[4] CAMPOS, L., « Sauvegarder une pratique musicale ? Une ethnographie du samba de roda à la World Music Expo », Cahiers d'ethnomusicologie 24 (2011) ; DESROCHES, M., DAUPHIN, C., PICHETTE, M.-H., SMITH, G. (dir.), Territoires musicaux mis en scène, Montréal, PUM, 2011.

[5] LE GUERN, P. (dir.), « Patrimonialiser les musiques populaires et actuelles », Questions de communication 22 (2012).

[6] SANDRONI, C., « Samba de roda : patrimonio cultural de humanidade », Estudos avançados 69 (2010), p. 373-388.

[7] KHAZNADAR, C., « Le  patrimoine culturel immatériel : les enjeux, les problématiques, les pratiques », Internationale de l'imaginaire 17 (2004).

[8] BORTOLOTTO, op. cit.

[9] CIARCIA, G., La perte durable : étude sur la notion de « patrimoine immatériel », Paris, LAHIC / Mission à l'ethnologie, 2006.

[10] DAHLHAUS, C., Die Idee der absoluten Musik, Kassel, Bärenreiter, 1978 ; trad. fr., L'idée de la musique absolue, Genève, Contrechamps, 1997.

[11] JANKÉLÉVITCH, V., La musique et l'ineffable, Paris, Colin, 1961.

[12] UNESCO, 2003, Convention pour la sauvegarde du Patrimoine Culturel Immatériel, Paris, 17 octobre 2003 <http://unesdoc.unesco.org/images//0013/001325/132540f.pdf>.

[13] STERNE, J., The audible Past : cultural origins of sound reproduction, Durham, Duke University Press, 2003 ; trad. fr., Une histoire de la modernité sonore, Paris, La Découverte/Philharmonie de Paris, 2015.

Cette rubrique recense quelques publications des membres : livres, disques, outils multimedia, etc. Les travaux financés par la Société sont distingués dans la rubrique Publications.

Cette rubrique contient des appels pour des colloques, des publications collectives, des concours, des postes à pourvoir.

Joomla SEF URLs by Artio