Laura Fléty
Laura Fléty
1952

En bref

Doctorante
LESC/Université Paris Ouest Nanterre
Musée du Quai Branly
Danse, esthétique du corps, culture aymara urbaine, fête andine, organisation sociale, interactions.
Bolivie (La Paz)
Amérique du Sud

Recherches

Thèse en cours de rédaction :

La ville en mouvements. Danse, création esthétique et jeux identitaires chez les Aymaras urbains du quartier Gran Poder (La Paz, Bolivie).

 

Ma recherche est fondée à partir de trois séjours de terrain en Bolivie, dans la ville de La Paz et ses environs (5 mois en 2008, 5 mois en 2009, 6 mois en 2010).

Objet et problématique

Comment des événements chorégraphiques peuvent-ils être porteurs d’enjeux sociaux majeurs ? Comment un univers esthétique multisensoriel (musique-danse-costumes) crée par un groupe social  peut-il être lié à des valeurs culturelles, à des phénomènes sociopolitiques et engendrer des relations spécifiques (compérage, enjeux de prestige, relations de genre) tant à l’intérieur du groupe qu’avec les acteurs d’autres secteurs de la société? L’étude de la performance[1] des danseurs de Morenada - forme musico-chorégraphique urbaine- exécutée lors de la grande célébration religieuse annuelle, la fiesta de Jesús del Gran Poder de la Paz - me permettra de montrer que la danse constitue le lieu privilégié où s’élabore une esthétique étroitement liée aux nouvelles configurations et positionnements identitaires d’une population émergente : les Aymaras urbains. Cette population, issue des vagues de migrations rurales et indiennes d’origine aymara[2] travaille majoritairement dans le commerce (quartier Gran Poder) les activités artisanales, les transports et les emplois domestiques. Depuis une trentaine d’années, elle a acquis une forte visibilité et un poids institutionnel et politique croissant, phénomène accentué notamment depuis l’élection en 2005 du président « indien » Evo Morales. Cette nouvelle composante du tissu social de la Paz, constitue cependant une catégorie extrêmement hétérogène dont les limites sont difficilement saisissables et dont les membres n’expriment pas forcément, tout du moins à travers leurs discours, un sentiment d’appartenance commune. C’est cependant lors des évènements dansés et des fêtes que cette population se réunie pour « faire corps » et qu’elle mobilise la danse tant comme principal instrument d’identification collective que comme générateur et actualisateur de différences internes entre les participants.

A la Paz, on constate que la grande majorité des aymaras urbains, qui réussissent en ville à acquérir un certain capital économique, choisit de participer à la célébration annuelle de la ville en dansant la Morenada alors qu’il existe un large choix possible d’autres danses. Sur une trentaine de fraternités de danseurs qui défilent, plus de la moitié sont des groupes de Morenada. Si la somptuosité plastique des masques et costumes utilisés pour cette danse ainsi que la puissance sonore des fanfares qui l’accompagnent correspondent bien à ce qui a été aisément identifié par différents auteurs comme une esthétique « urbaine » se construisant principalement en opposition avec le monde indien (Martinez, 1996) la place de la danse reste à explorer entièrement. Notre analyse portera donc à la fois sur le type d’« effets » recherchés dans cette danse et sur les moyens mis en œuvre pour créer une corporéité singulière.

Tout d’abord, une première lecture des matériaux nous conduit à voir la Morenada comme une danse dont les mouvements sont, sur le plan chorégraphique, d’une grande simplicité. Cependant je montrerai que l’enjeu principal se situe sur un autre plan et qu’il s’agit là d’un choix esthétique recherché. Que ce soit à travers le costume, le rapport à la musique, les gestes, ou encore la manière de s’organiser dans l’espace, les danseurs de Morenada affirment avec force l’idée qu’il faut être lourd et volumineux  pour « bien » danser.  Pour comprendre l’importance donnée à cette qualité du corps, celle-ci doit être articulée à plusieurs aspects fondamentaux des pratiques quotidiennes et du système de représentation - toujours empreints de références indigènes aymara - de ce groupe social métis aymara peu étudié. Ces aspects concernent par exemple la recherche constante et l’acquisition de prestige social, les modes d’exposition publique de la richesse, les logiques d’ « effort » économique et physique, la mise en scène de l’idée d’abondance et de surplus, la valorisation de la corpulence des corps ou encore la nécessité de porter et d’accumuler des objets chez soi ou sur soi.

Ensuite, il est nécessaire de comprendre la Morenada au sein de l’espace/temps rituel plus global qu’est la fiesta de Jesús del Gran Poder. Durant cette célébration religieuse publique, des milliers de danseurs aux somptueux costumes, accompagnés de fanfares ou d’orchestres d’instruments traditionnels parcourent les rues du matin jusqu’au soir. A travers un visuel sophistiqué et de complexes chorégraphies, ce qui est mis en scène dans ce défilé, est, avant tout, une altérité. Ainsi les groupes de danseurs organisés dans des fraternidades (structures associatives) représentent toujours, dans la performance dansée, des alter ego rituels : confréries d’esclaves noirs, groupes d’indiens des basses et hautes terres, entités mythiques et personnages de l’inframonde. Chaque groupe de danseurs possède un langage chorégraphique propre, censé évoquer l’identité qu’il assume. Les danseurs exécutent des ensembles de mouvements (unités gestuelles, motifs dansés) qui construisent et renouvellent en permanence ces identités rituelles représentées. La Morenada, met en scène des personnages qui, selon les discours locaux, feraient allusion à l’esclavage mais ses contenus sont loin d’être consensuels. De plus, il ne s’agit pas d’une forme imperméable et pure  comme l’ont envisagé les folkloristes locaux, elle puise au contraire ses matériaux esthétiques dans d’autres danses de la fête et se révèle d’une grande plasticité. En fait, les performances chorégraphiques, exécutées lors de ce grand rituel urbain, sont en constante relation. Elles sont traversées par un double processus qui produit à la fois des continuités et des différences entre elles. S’impose ainsi un espace de partage du sensible où se construit l’image d’un nous défini simultanément comme unifié et multiple. Nous montrerons à la fois comment, au moyen d’un système chorégraphique, se construit un langage commun mais aussi de quelles façons les ruptures esthétiques témoignent de fortes divergences entre les groupes sociaux qui dansent. Le propos de cette thèse est donc de comprendre l’articulation d’un système symbolique (danse, gestes et pratiques esthétiques) avec un système social (le secteur aymara urbain) : quelles sont les corrélations entre ces deux ensembles ?



[1] J’utilise ici le terme « Performance » dans le sens de BIAL (2004 : 215) qui considère que l’évènement performatif s’insère dans une séquence continue qui inclut sa préparation, sa mise en acte et une suite où elle perdure dans la mémoire des acteurs et des spectateurs. L’étude portera donc tant sur la performance dansée que sur l’ensemble des dynamiques sociales qu’elle mobilise lors d’autres évènements comme les répétitions de danse, les cérémonies religieuses et  les fêtes et réunions informelles entre danseurs.

[2] Les trois principaux groupes ethniques en Bolivie sont les Quechuas, les Aymaras et les Guaranís. La population indigène aymara vit principalement dans les zones situées autour du lac Titicaca. La Paz et El Alto sont les principales villes qui accueillent les migrants de ces zones rurales et des exploitations minières de la région. Le phénomène migratoire s’est fortement intensifié lors des reformes agraires de la révolution nationale de 1952-53.

 

Enseignements

 

Mai 2011 Cours pour le Département d'Ethnomusicologie de Paris VIII : «Danse et réseaux urbains (Bolivie)» (Master 1, 2h)

Cours pour le Master EMAD de l’Université Paris Ouest Nanterre La Défense : «Analyser le mouvement dansé. Problèmes méthodologiques» (Master 1,4h).

2007-2010 Monitorat en Ethnologie

 

Département d’Ethnologie de l’Université Paris Ouest Nanterre La Défense :

-       TD Licence 3, Organisation sociale.

-       TD Licence 1, Introduction à l’Ethnologie

-       TD License 2, Exercices Ethnographiques

Département de Géographie de l’Université Paris Ouest Nanterre La Défense :

-       CM Master 1, Anthropologie et Développement

-       CM Master 1, Anthropologie et Géographie

 

Juin 2010 Cours pour le Département d'Ethnomusicologie de Paris VIII :  « Méthodologie pour une ethnologie du corps et de la danse » (Master 1, 2h)

 

Mai 2010 Cours pour le Département d’Ethnologie de l’Université Paris Ouest Nanterre La Défense, séminaire américaniste : « Danses et Entradas de Bolivie » (Master 1, 2h).

 

Novembre 2009 Cours pour le Département d'Ethnomusicologie de Paris VIII :« Fêtes et danses urbaines en Bolivie » (Licence2/3, 3h) ; « Anthropologie de la danse » (Master 1, 3h).

Février 2009 Cours pour le Département d’Anthropologie de l’Université UMSA (La Paz, Bolivie). « Méthodologie en ethnologie de la danse » (Master1, 2h)

 

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