Offres et appels

Cette rubrique contient des appels pour des colloques, des publications collectives, des concours, des postes à pourvoir.

Fiche de mission PILOTAGE DU PORTAIL PÉDAGOGIQUE DES MUSIQUES MODALES


Objectif: développement d'un portail pédagogique des musiques modales

Durée de la mission : 12 mois du 01/01/2019 au 31/12/2019.

Horaire mensuel : 28 heures / environ 7 heures hebdomadaires

Lieu de la mission : télétravail et dans les locaux des partenaires du projet (Brest, Paris, Rennes, Lorient)

Envoyez votre candidature à : contact@drom-kba.eu / 09 65 16 71 21

Description du projet : Le portail pédagogique des musiques modales est un projet numérique collaboratif et transdisciplinaire qui a pour objectif de transmettre les musiques modales à un large public. Sous l'impulsion de son fondateur, Erik Marchand, l'association Drom est à l'initiative de ce projet dans le cadre de son activité de recherche sur les musiques modales.

Pour sa mise en œuvre elle a ainsi constitué un comité de coordination de 10 personnes composé de musiciens, d’enseignants et de chercheurs issus de champs disciplinaires distincts mais complémentaires : la didactique, l’informatique musicale et la musicologie, qui contribuent de façon bénévole à son élaboration. Il s’inscrit dans une dynamique de transmission des savoirs recourant aux potentialités pédagogiques du numérique. Ce projet part d'un besoin de renforcer la pluralité et la diffusion des savoirs dans l'enseignement musical en France, en prenant en compte les musiques populaires de tradition orale et certaines musiques savantes modales qui ne s'appuient pas, ou peu, sur l'écrit.

Ce portail numérique présente des enjeux en termes :

• de didactique, par la conception d’une méthode et de dispositifs pour organiser et transmettre des savoirs et leurs apprentissages pour différents publics

• d’élaboration et de transmission de connaissances ethnomusicologiques, avec une appréhension globale et inédite de la modalité via une mise en avant de différentes formes esthétiques

• d’informatique avec la mise en œuvre d’une interface mobilisant des outils pertinents et novateurs en informatique musicale.

L’enjeu pédagogique est de proposer à des publics débutants autant que confirmés de découvrir et de comprendre la notion de modalité dans différents patrimoines musicaux.

Missions

En étroite concertation avec l'équipe de Drom et avec le comité de coordination, la mission comprend la mise en œuvre de la ligne artistique du projet, sa structuration ainsi que son rayonnement.

1- Suivi du développement du portail

- Suivi de réalisation des trois analyses (corpus sonore, visuel, audio, graphique) auprès des experts sollicités en concertation avec le comité de coordination

- Evolution éventuelle de la structure modulaire qui sert de modèle unique pour décliner l'ensemble des analyses et de ses modules complémentaires (forum, espace collaboratif, jeux...),

- Suivi du développement numérique

- Validation du protocole d'expérimentation en concertation avec le comité de coordination et réajustement des contenus en fonction des retours utilisateurs

- Mise en place des réunions de coordination en concertation avec la chargée de mission Drom (convocation, animation, suivi de la feuille de route)

Possibles déplacements pour le suivi de l'expérimentation sur le terrain.

2- Rayonnement du projet

- Définition et structuration des grandes étapes de mise en œuvre du projet

- Présentation du projet lors de réunions avec des des partenaires nationaux ou régionaux : FAMDT, CMTRA, AMTA, etc,...

- Définition et engagement des partenariats avec des structures culturelles nationales afin de garantir le rayonnement et la mutualisation du projet avec d'autres plateformes existantes

- En lien avec la chargée de mission, participation à la rédaction de dossiers de financements pour le projet

- Coordination scientifique d’une ou plusieurs rencontres permettant de valoriser le portail pédagogique des musiques modales et notamment dans le cadre du colloque NoBorder organisé par Drom à Brest en décembre 2019.*

http://www.drom-kba.eu/-L-association-DROM-.html

CDI (ou Détachement) à pourvoir à partir de janvier 2019
 
Ce poste est ouvert aux fonctionnaires appartenant à des corps ou cadres d'emplois ayant vocation statutaire à
exercer des missions de conservation ou d'autres missions scientifiques liées aux collections dans les Musées
nationaux ; et aux chercheurs confirmés (niveau doctorat) spécialistes du patrimoine musical et culturel non-
occidental.
 
Le Musée national de la musique est un des départements de l’établissement public national de la Cité de la musique
- Philharmonie de Paris. A la fois lieu d’exposition, de recherche, d’animation pédagogique, de manifestations culturelles et de documentation, le Musée s’appuie sur une importante collection d’œuvres et d’instruments de musique. Il possède un rayonnement international et exerce auprès du Service des Musées de France un rôle de conseil et d’animation du réseau des collections publiques dans le domaine de la musique.
 
Le Musée dispose d’une Equipe Conservation-Recherche comprenant un laboratoire, d’un centre de documentation partagé avec le Pôle ressources, d’un service des activités culturelles et d’un service des expositions, ainsi que d’une équipe administrative et de surveillance.
 
L’Equipe Conservation-Recherche fait partie du CRC (Centre de Recherche sur la Conservation), unité de recherche du CNRS, du ministère de la culture et de la communication et du Muséum national d’histoire naturelle. Elle est également membre fondateur du Collegium Musicæ au sein de Sorbonne-Universités, et est membre de la Fondation des Sciences du Patrimoine.
 
MISSIONS
Sous la responsabilité de la directrice du Musée, le/la conservateu/trice participe à la mise en œuvre du projet scientifique et culturel du musée. Il/elle coordonne les missions de conservation et de restauration relatives à son corpus, ainsi que l’inventaire et la documentation des œuvres. Il/elle cherche à enrichir les collections et à en assurer le rayonnement, en participant au travail de médiation, en collaborant – en tant que commissaire ou conseiller– aux expositions temporaires, en contribuant à la programmation culturelle, ainsi qu’au travers de projets de recherche, de publications et d’interventions publiques au sein de la Philharmonie ou à l’extérieur. Il/elle joue aussi un rôle de conseil auprès des collections publiques liées à la musique et à l’organologie, et contribue à l’animation d’un réseau de partenaires et de professionnels liés à l’instrument de musique (musiciens, luthiers,
facteurs, acousticiens...).
 
Périmètre scientifique :
– Le/la conservateur/trice est en charge de la conservation, de l’étude, de l’enrichissement et de la diffusion d’une importante collection d’instruments et d’objets liée aux cultures musicales non-occidentales.
– Il/elle encourage l’intégration de ce corpus dans une histoire culturelle élargie, en dialogue avec l’art contemporain et/ou les musiques actuelles.
 
Activités :
Contribuer à la gestion de la collection :
– en assurant une veille sur l’état de la collection, en identifiant et en suivant les opérations de restauration et de conservation préventive, en collaboration avec le laboratoire, les restaurateurs, les facteurs et les luthiers ;
– en assurant les travaux de récolement et leur suivi ;
– en supervisant, en collaboration avec la Régie, les mouvements d’œuvres (accrochages, prêts, convoiements).
Mettre en œuvre le projet scientifique et culturel de l’institution :
– en enrichissant la collection suivant la politique d’acquisition définie par l’établissement ; en rédigeant la documentation préalable à l’acquisition ou aux interventions en commission ;
– en animant la politique de diffusion des collections de l’établissement (prêts et dépôts) ;
– en formulant des préconisations pour le jeu des instruments et en assurant le suivi de celui-ci (concerts, enregistrements...) ;
– en effectuant des recherches à caractère scientifique pour enrichir la connaissance sur la collection, en collaboration avec le laboratoire, la médiathèque et la direction éditoriale de la Philharmonie ;
– en collaborant aux projets culturels (programmation musicale ou événementielle, expositions, colloque...) en relation avec les services concernés.
 
Valoriser son expertise et faire de son périmètre d’activités un pôle d’excellence et d’innovation :
– en assurant une mission de conseil auprès de la DMF ou d’autres instances publiques (instruction des avis de sorties de territoire, expertises sur des collections musicales d’autres musées
– acquisitions, conservation préventive, restauration, muséographie...)
– en participant à des actions de formation ou d’enseignement ;
– en publiant sur la collection ;
– en participant à des instances scientifiques et culturelles nationales et internationales, et notamment en contribuant à l’animation des réseaux de chercheurs officiellement associés au Musée de la musique (CRC et Collegium Musicae);
– en développant des réseaux professionnels ou des partenariats ;
– en proposant de nouvelles orientations de développement.
 
PROFIL RECHERCHE
– Connaissance de l’organologie et de l’histoire des musiques non-occidentales ;
– Intérêt pour l’ethnomusicologie ;
– Expérience professionnelle souhaitée dans le domaine des musées et de l’histoire de l’art;
– Intérêt pour les pratiques artistiques et/ou musicales actuelles ;
– Maîtrise de l’anglais exigée et d’une autre langue étrangère souhaitée.
 
QUALITES REQUISES
- Sens du service public ;
- Capacité d’initiatives et force de propositions ;
- Goût du travail en équipe ;
- Capacité à dialoguer et à coopérer avec les partenaires professionnels internes et externes.
 
Les candidatures (CV + lettre de motivation) sont à adresser à la Direction Ressources Humaines de la
Cité de la musique -
Philharmonie de Paris par mail «recrutement@cite-musique.fr»
ou par courrier
au 221 avenue Jean-Jaurès 75019 PARIS.
La Cité de la musique –
 
Philharmonie de Paris a obtenu le double label «égalité professionnelle entre les hommes et les femmes » et « diversité». A ce titre, elle met en place une politique de prévention des discriminations dès la phase de recrutement.
Elle vise également à promouvoir la diversité en élargissant le réseau de diffusion de ses offres d’emploi et de stage.
 
Appel à candidature pour le prix des publications
Dans le cadre de sa mission de grand département pour les arts extra-européens et de soutien à la recherche en anthropologie et histoire des arts, le musée du quai Branly décernera 5 prix de 6000 euros chacun à des textes publiables ou publiés dans des revues scientifiques portant sur les collections extra-européennes des musées de France.
Ces textes doivent être rédigés en français ou en anglais, et compter entre 50 0000 et 60 000 signes. Ils seront lus par un comité de sélection suivant les critères des revues scientifiques. Ils doivent être envoyés avant le 1er novembre 2018 à : prixdespublications@quaibranly.fr
Les résultats seront communiqués le 1er décembre.
Les articles récompensés en 2017 sont les suivants :
Guillaume Alévèque, « Remnants of the ‘Wallis Maro ‘ura’ (Tahitian feathered girdle): History and Historiography », The Journal of Pacific History, 53:1, 2018, p. 1-24
Margot Duband , « La collection kanak de Marius Archambault. Les objets de musée comme image d’une mission scientifique en Nouvelle-Calédonie » (à paraître)
Arnaud Morvan « Trajectoire d’une donation. La collection Madeleine Rousseau au Musée des Civilisations de Saint-Just Saint-Rambert » (à paraître)
Mélanie Roustan, « Des usages de l’autochtonie dans les musées français », Culture et musées, n°28, 2016, p. 151-175

Appel à propositions de la revue ethnographiques.org

Date limite de soumission : 15 septembre 2018

couv dorondel

 

Né il y a plus de trente ans dans les ghettos noirs américains, le hip-hop s’est progressivement détaché de son premier contexte d’émergence et a circulé d’un bout à l’autre de la planète. Incluant diverses disciplines (rap, Djing, danse, graffiti), ainsi qu’un ensemble d’esthétiques et de valeurs, ce mouvement culturel a connu une diffusion sans précédent (du fait notamment de l’émergence concomitante de nouvelles technologies d’information et de communication). Dans le monde entier, des jeunes se sont identifiés à cette forme esthétique, contribuant à l’apparition de ce qui est parfois décrit comme une « nation hip-hop globale » (Spady et al. 2006). Si rien ne semble a priori distinguer un rappeur américain d’un rappeur cubain, un breaker new-yorkais et un breaker français – ils partagent les mêmes goûts vestimentaires et musicaux, adoptent les mêmes postures corporelles, se reconnaissent dans un même « style culturel » –, la globalisation du hip-hop n’a pourtant pas été synonyme d’homogénéisation culturelle. Des recherches anthropologiques conduites dans différentes régions du monde ont montré que ce mouvement a fait l’objet d’une grande diversité de réappropriations et de réinterprétations locales. Le hip-hop a chaque fois été réinventé au sein de formes de vie locale et pris sens dans des cadres d’expériences spécifiques (Milliot 1997 ; Condry 2000 ; Mitchell 2001 ; Fernandes 2003 ; Pardue 2004 ; Niang 2006 ; Moulard-Kouka 2008 ; Alim et al. 2009 ; Ailane 2011 ; Aterianus-Owanga 2017).

En étudiant à hauteur d’hommes les dynamiques culturelles de la globalisation, l’anthropologie a démontré que tout mouvement de déterritorialisation s’accompagne d’un processus complexe de reterritorialisation. Mais pour aller au-delà du simple constat de la diversité des formes d’appropriation locale, pour pouvoir décrire et analyser précisément ce processus de recontextualisation des flux globaux [1], nous pensons nécessaire d’ouvrir un chantier de réflexion comparative. Le hip-hop est un objet particulièrement intéressant pour penser ces dynamiques, et ce pour différentes raisons. Si l’histoire du xxe siècle nous a donné d’autres exemples de circulation et de réinvention locale de diverses formes esthétiques (Dorin 2012 ; Kelley 2012 ; Waxer 2013), la globalisation du hip-hop a pris une ampleur sans précédent. Si bien que nous pouvons aujourd’hui observer et comparer « les accents locaux » pris par le hip-hop aux quatre coins de la planète. Ce mouvement n’a par ailleurs pas mis en circulation que des formes esthétiques. Ses accents subversifs, sa qualité d’expression des minorités et sa critique des inégalités ont fait écho à des expériences diverses d’inégalités ethniques, sociales ou générationnelles. Cette dimension a été un puissant ressort d’identification. Mais l’idée même d’une essence « contestataire » du hip-hop [2] a été interprétée différemment en fonction des contextes où il est venu s’implanter et des besoins de ceux qui l’ont adopté. Le hip-hop a par ailleurs pu être cultivé de manière concomitante ou dans d’autres contextes selon de toutes autres logiques. Au Cameroun, c’est d’abord un désir de consommation et de plaisir qui s’est exprimé au travers de ce mouvement (Awondo et Manga https://doi.org/10.3917/polaf.141.0123">2016). Au Japon, il a permis l’expression d’une « culture de la première personne du singulier » qui est apparue comme relativement révolutionnaire dans un contexte où l’harmonie collective prime sur l’expression individuelle (Condry 2001). Le hip-hop a donc véhiculé une culture de résistance des minorités, valorisé une culture diasporique noire, comme une idéologie du self-made-man ou un certain rapport à la réussite matérielle. Sa diffusion ne s’est pas accompagnée d’un ensemble de valeurs univoque.

L’étonnante « transportabilité » du phénomène hip-hop associée à la variété de ses réinventions locales en fait un excellent analyseur de ce que nous proposons de définir comme une « situation globale ». Cette notion est construite en référence au concept de « situation coloniale » de Georges Balandier (1951 [3]), qui nous semble toujours riche d’enseignement (Copans 2001) pour approfondir d’un point de vue résolument anthropologique les dynamiques culturelles de la globalisation. Cette référence est en premier lieu une invitation à prendre en compte la longue histoire des phénomènes de mondialisation. Si la déconstruction de la notion de culture et de localité fut nécessaire à une génération d’anthropologues pour penser les transformations culturelles, sociales et politiques du monde qu’ils vivaient (Clifford et Marcus 1986 ; Gupta et Ferguson 1992), l’insistance sur les dynamiques de circulation et de flux a eu tendance à dissoudre l’idée même de société [4]. Or la diversité des logiques d’appropriation de ce qui circule reste incompréhensible dans le paradigme diffusionniste de ces théories. Il apparaît plus fructueux de penser dans la longue durée et de manière simultanée les dynamiques de circulation et de localisation.

Cette référence est en second lieu une invitation à repenser ce qui est souvent mal formulé en termes de « local » et « global ». Il nous semble important de ne pas considérer le « local » comme un monde préconstruit et stable avant que ne surgissent les forces de la globalisation, mais de l’appréhender dans la dynamique des relations et des échanges qui le constitue de longue date. Comme il semble important de ne pas considérer le « global » comme une force transcendante susceptible de formater les particularismes, mais plutôt comme un réseau d’images et de pratiques (Rosaldo et Inda 2007) et par conséquent de penser les articulations plutôt que d’opposer des échelles, sans renoncer pour autant à saisir les rapports de pouvoir et de domination au sein desquels des formes culturelles se réinventent constamment. Autrement dit, c’est la nature située de la globalisation qui nous semble pertinente à appréhender.

Dans cette perspective, ce numéro de la revue ethnographiques.org vise à comprendre la logique des négociations de sens à l’œuvre dans l’appropriation de formes culturelles globalisées, à partir d’études ethnographiques des mondes hip-hop. Nous privilégierons les études de cas s’inscrivant dans l’une des quatre thématiques suivantes, chacune correspondant à une modalité de l’appropriation culturelle.

1. Imitation

La notion d’imitation fascine depuis longtemps les sciences sociales et cognitives, notamment les précurseurs de l’ethnographie (Mauss 1936), mais elle n’a été que récemment mise au centre de la réflexion anthropologique (Dias 2005). Discutée dans le cadre des études sur la colonisation, notamment dans les situations des villes coloniales (Mitchell 1956), et analysée pour son rôle pilier dans le projet colonial lui-même (Saada 2005), l’idée d’imitation a été revisitée par le courant des études postcoloniales comme un lieu de parodie, de détournement et de subversion (Bhabha 1994).

Différentes études sur le hip-hop en dehors des États-Unis ont abordé cette dynamique d’imitation comme un ressort clef du processus d’adaptation du rap ou de la danse hip-hop dans de nouveaux espaces (McCarren http://terrain.revues.org/2444 (page consultée le 16 avril 2018).">2005, Milliot 2006, Condry 2006, Henderson 2006, Hammou 2012). Ici, nous chercherons à comprendre l’imitation, soit comme une étape, soit comme une modalité d’un processus d’appropriation culturelle. Ces mouvements peuvent en effet perdurer en tant que mouvements de style (Bollon 1990) ou se stabiliser en créant leur propre contexte référentiel ou en s’inscrivant dans différents mondes de significations. Il s’agira de décrire les logiques qui président aux premiers temps de l’identification et de l’appropriation. C’est en effet bien souvent sur le ressort du style davantage que sur des valeurs, du flow plus que du sens des mots, de l’attitude plus que du propos, qu’opère la dynamique d’identification et d’imitation. On s’interrogera dès lors sur ce qui est transmis et construit par le style, sur le sens et la portée des postures corporelles et des jeux d’apparence. Des discussions sur l’apprentissage par corps, l’importance des croisements de regards et des jeux d’apparence dans les dynamiques d’émergence culturelle seront particulièrement bienvenues.

2. Différenciation

Sahlins (2007), reprenant une intuition développée par Claude Lévi-Strauss en 1961, affirme que les changements engendrés par l’adoption de formes globales prennent la double apparence d’une assimilation et d’une différenciation. Les logiques de rejet d’éléments – esthétiques ou idéologiques – de formes culturelles importées peuvent être d’excellents analyseurs des mécaniques d’adoption et de refaçonnage culturels. Différents exemples soulignent comment l’indigénisation du hip-hop s’opère par le rejet de certaines pratiques, de certains signes ou de signifiants précis. Au Gabon, la figure de la rappeuse « bitch » qui affirme sa sexualité comme outil d’émancipation a longtemps été refusée localement, ou reléguée à d’autres figures musicales stigmatisées, en raison d’un contexte social d’absence de revendication féministe ou de remise en question des catégories de genre (Aterianus-Owanga 2017). Dans un autre contexte, celui du hip-hop cubain, c’est le militantisme noir des rappeurs américains qui a buté contre d’autres rapports de race : l’identité noire cubaine, toujours exprimée à l’intérieur des frontières du nationalisme anticolonialiste, n’a pu s’identifier à la blackness états-unienne (Fernandes 2003). Dans cet axe, nous serons attentives aux ethnographies étudiant comment le rejet explicite de certains éléments esthétiques ou idéologiques véhiculés par le hip-hop a contribué à produire de nouvelles localités [5]. Il sera intéressant de discuter, à partir d’études de cas, la manière dont ces connexions entre local et global peuvent entraîner des prises de conscience des différences comme des similitudes (en termes de conditions, de valeurs ou d’expériences).

3. Hybridation

L’hybridation peut être définie de manière très générale comme la manière selon laquelle des formes culturelles se détachent de contextes de pratiques et se recombinent avec de nouvelles formes et de nouvelles pratiques (Nederveen Pieterse 1994). Les anthropologues postmodernes ont utilisé ce concept pour caractériser les processus de création propres aux « zones de contact » où se rencontrent, se croisent et se confrontent les « cultures du voyage » (Clifford 1997) dans le monde contemporain, et pour mettre en lumière les pratiques de déplacement, de détournement inhérentes à l’appropriation culturelle et leur potentiel subversif (Bhabha 1994). Plutôt que l’idée de métissage, dont les origines restent liées à une métaphore biologique racialiste et à une conception essentialiste de la culture, la notion d’hybridité permet de développer une approche susceptible de tenir compte de la dimension politique de ces processus [6] et de la complexité de ces dynamiques culturelles. Ce choix résonne aussi bien avec les perspectives d’anthropologie politique que proposait déjà Balandier dans les années 1950 à propos des situations coloniales qu’avec les théories proposées sur la formation des contre-cultures en contexte postcolonial ou diasporique (Gilroy 1993 ; Bhabha 1994).

Ce concept d’hybridation peut être saisi comme une invitation à analyser les « espaces tiers » ou interstices que ces pratiques d’imitation et de réinvention ouvrent localement au cœur des rapports de domination. Il peut également être saisi comme une invitation à analyser l’actualité des circulations multidirectionnelles qu’autorisent les nouvelles technologies, circulations qui remettent en cause l’idée même d’un « centre » et d’une « périphérie » de la production culturelle. Alors que les questions de copie, de plagiat et d’appropriation culturelle sont objets de controverses récurrentes (Martin 2014), des études de cas éclairant la complexité de ces circulations et de ces controverses sur la propriété culturelle seront particulièrement bienvenues.

4. Englobement

En parlant d’englobement, nous appelons à considérer des opérations de digestion et de « resignification » de signifiants exogènes. Cette idée d’englobement fait en partie écho à des paradigmes précédents, développés dans le sillage des théories du syncrétisme, de l’anthropologie des religions afro-américaines et des phénomènes d’« acculturation » (Herskovits 1938 ; Bastide 2001 ; Mary 2010). Des décennies plus tard, et sur des terrains apparemment bien éloignés, les mondes du hip-hop globalisé donnent à voir des phénomènes similaires d’ingestion radicale de signifiants exogènes selon des logiques locales. Le registre religieux a offert des exemples évocateurs de ce phénomène : au Sénégal, Abdoulaye Niang a décrit l’imbrication du rap au sein du système des confréries musulmanes et de l’islam prédicateur, montrant comment le rap « missionnaire » mettait en tension des rapports générationnels et des questions religieuses (Niang 2014). À partir d’exemples tirés du domaine religieux ou d’autres champs, nous incitons les auteurs à montrer comment en parallèle des logiques d’hybridation et de différenciation, les acteurs qui s’emparent du hip-hop peuvent aussi en incorporer totalement l’esthétique à l’intérieur d’autres systèmes de significations. Les articles réfléchiront à la manière dont l’englobement de composantes exogènes génère des négociations de sens, entre l’incorporation d’esthétiques autres et la réinvention subtile des matrices culturelles existantes générée par cette « digestion » même.

L’analyse des processus et modalités d’appropriation des formes culturelles globalisées, par l’imitation, la différenciation, l’hybridation ou l’englobement, permettra d’approfondir, à partir d’études de cas, la réflexion sur les dynamiques culturelles contemporaines.

Nous privilégierons les approches fondées sur des descriptions denses (Geertz 1998). Les contributeurs pourront insérer dans leurs textes des liens vers des documents audiovisuels qui feront l’objet d’une analyse détaillée [7]. Nous invitons également les auteurs à mettre en œuvre une analyse réflexive des méthodes mises en pratique pour appréhender ces situations globales d’un point de vue ethnographique.

La revue ethnographiques.org encourage les auteurs à mobiliser du matériau multimédia et promeut de nouvelles formes d’écriture associant différents médias. Au besoin, des membres de notre comité de rédaction peuvent vous fournir une aide technique pour exploiter vos matériaux.

Calendrier

  • Les propositions d’articles (titre et résumé de 4 000 à 6 000 signes, références bibliographiques incluses) sont attendues pour le 15 septembre 2018. Elles présenteront de manière synthétique les situations ethnographiques étudiées et les principaux arguments de l’analyse. Elles doivent être envoyées, avec la mention « Hip-hop monde(s) » comme objet du message, assorties d’une notice bio-bibliographique de l’auteur(e), aux coordinatrices du numéro, Alice Aterianus-Owanga (aliceaterianus@yahoo.fr), Olivia Killias (olivia.killias@uzh.ch) et Virginie Milliot (virginie.milliot@free.fr) ainsi qu’à la rédaction de la revue (redaction@ethnographiques.org).
    Les auteurs sont priés de suivre les consignes (note aux auteurs) accessibles sur la page http://www.ethnographiques.org/Note-aux-auteurs.
  • Les auteur(e)s seront informé(e)s des choix de propositions le 1er novembre 2018.
  • Les articles seront relus par le comité de rédaction ainsi que par des évaluateurs externes. Les textes définitifs (de 30 000 à 50 000 signes) devront être envoyés avant le 15 avril 2019.

Références bibliographiques

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AWONDO Patrick et MANGA Jean-Marcellin, 2016. « “Devenir rappeur engagé” : l’émergence controversée du rap dans l’espace public camerounais », Politique africaine, 141, p. 123-145 (en ligne), https://doi.org/10.3917/polaf.141.0123

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The 45th ICTM World Conference, will be held from 11 to 17 July 2019 at Chulalongkorn University, Bangkok, Thailand. The ICTM World Conference is the leading international venue for the presentation of new research on music and dance. Many new initiatives emerge at World Conferences and, perhaps even more crucially, discussion at these meetings helps us shape our ongoing work. A successful World Conference is a truly stimulating place to be and a chance to meet music scholars from all over the world.

Submissions

The deadline for submitting proposals for individual papers, panels, film/video sessions, and forums/roundtables is 30 September 2018. Only one proposal per person is permitted. To send your proposal, please use the following online submission form: 

https://ictmusic.org/ictm2019/submit

Please note that the only valid method for sending proposals is through the online submission form quoted above. Do not submit your abstract to the Programme Committee, the Local Arrangements Committee, or the Secretariat. 

More information

For more information, please see the conference's website at http://www.ictm2019thailand.com.

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