Vie de la Société

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Cimetiere joyeux de Sapanta

Cimetiere joyeux de Sapanta

Jacques Bouët

Quelques souvenirs joyeux

Dans le nord de la Roumanie, tout en haut du Maramureş. Aux frontières de l’Ukraine et de la Hongrie. Un village nommé Săpânţa avec un petit cimetière multicolore, aujourd’hui bien fréquenté durant les vacances d’été, quand les émigrés roumains rentrent « au pays ». « Le cimetière joyeux » tel est son nom. Lieu de mémoire vive qui conte et dessine, sur les stèles des êtres disparus, de touchants faits de vie. Pour ne pas réduire l’existence à deux simples dates. Comme s’il n’y avait rien eu au milieu. Humbles hommages, réalistes ou poétiques, souvent teintés d’humour, qui confèrent aux épitaphes la saveur d’anecdotes.

Des scénettes musicales sont un peu partout représentées. On y voit des joueurs de tilincă, de ceteră et de zongoră[1], des musiciens chantant la joie à tue-tête. Ceux auxquels Jacques Bouët tenait tant, et dont il avait partagé quelques instants de vie en compagnie de Speranţa Rădulescu et Bernard Lortat-Jacob, sur le terrain, dans les années 90, pour la rédaction d’un magnifique ouvrage consacré à l’Oach[2] et à sa musique singulière.

Le nom de ce cimetière pourrait être aussi celui de la mort joyeuse…

Une image souriante. C’est celle que Jacques aurait bien sûr voulu laisser de lui.

À l’heure où nous célébrons – à juste titre – la disparition de Gilbert Rouget, élevé au rang de star de l’ethnomusicologie, je souhaite dédier à Jacques quelques modestes mots. Il n’aurait pas été blessé que l’on parle moins de lui que de Gilbert. C’est le jeu naturel de l’ombre et de la lumière. L’important est de savoir choisir sa place. Il assumait pleinement la sienne.

Ce que je tiens avant tout à célébrer, c’est sa finesse d’écoute. Cette ouverture qui lui a non seulement permis de réaliser des transcriptions musicales et des traductions littéraires fort pertinentes mais qui l’a aussi rendu très attentif à la parole de l’autre.  Quand nous travaillions ensemble sur les poèmes de certains chants du Maramureş, en particulier sur les liens entre métriques poétique et musicale, il procédait toujours avec une grande précaution « afin de ne pas tout confondre. (…) Nous avons appris cela, nous (les ethnomusicologues spécialisés dans la musique de Transylvanie et Roumanie) qui avons passé des décennies  à y voir clair après de multiples tâtonnements et grâce à la lecture attentive et ardue de Brăiloiu (dont les travaux ne sont pas du tout spectaculaires, mais très efficaces) ! ».

Écoute et entente : tels auraient pu être les maîtres mots de Jacques. Ses publications sont pour la plupart associées à des CDs ou DVDs. Elles comprennent même un petit guide de conversation roumaine, invitation pratique à la rencontre et à l’échange.

Jacques avait pourtant délaissé la Roumanie depuis quelques années ; il me confia un jour qu’y était trop allé, qu’il avait trop enseigné le roumain ; il avait eu besoin d’air, de se plonger dans d’autres univers, d’autres musiques du monde, de se poser d’autres questions. Il apparaissait aussi un brin nostalgique. « Les maisons de bois, les paysans ont peu à peu disparu, et ils disparaissent de plus en plus vite  (…) Je suis né en 45, juste après la guerre. Ce fut un gros privilège ! Ce qui n'en était pas un, par contre, c'est de crapahuter en Roumanie pendant la période Ceausescu ! ».

Nombre de ses collègues lui aurait rétorqué qu’une telle attitude n’est pas « scientifique », que la tâche de l’ethno(musico)logue consiste justement à observer les changements, qu’ils satisfassent ou non les goûts propres de l’observateur. Je crois plutôt que Jacques ressentait profondément qu’« un bonheur est tout le bonheur, deux c’est comme s’ils n’existaient pas »[3]. Il craignait sans doute qu’en retournant dans le pays de sa jeunesse, il ne lui fût plus possible d’être aussi heureux qu’autrefois. Tel l’affirme Ramuz, dans une des plus merveilleuses histoires de violon.

 


[1] Respectivement flûte harmonique, violon et guitare.

[2] Jacques Bouët, Bernard Lortat-Jacob et Speranţa Rădulescu : À tue-tête. Nanterre : Société d’ethnologie, 2002.

[3] Charles Ferdinand Ramuz, L'histoire du soldat, 1917.

Henri Lecomte, une grande figure des musiques du monde, passerelle vivante entre folk, musiques d’ailleurs, free jazz, ethnomusicologie et production musicale, est décédé d’une crise cardiaque à Paris le jour de la fête de la musique. Après être ressorti vivant du blanc total de la toundra par temps de blizzard, il avait échappé à un premier arrêt cardiaque lors d’un tournage en Sibérie, ce qui lui avait valu un rapatriement d’urgence en Tupolev. Un régime assez particulier le faisait alterner sobriété et excès sans rien en laisser paraître.

Fier comme un ti-zef, ce natif de Brest même se réclamait d’avoir toujours gagné sa vie honnêtement, entendons par là par son travail plus que par ses mérites sanctionnés par des diplômes. Il avait pourtant été un des premiers à suivre l’enseignement de Claudie Marcel-Dubois à l’EPHE (1971) et ses connaissances en organologie en avaient fait une des références du champ, grand ami de John Wright, autre vagabond professionnel.

Cinéaste professionnel, il avait vécu la musique africaine à Paris dans les années 1960, la musique d’Afrique du Nord en vivant au Maroc et en Algérie (son disque gnawa est un document unique), il jouait du shakuhachi et en avait fait venir le plus grand maître, Watazumi Doso, pour une prestation mémorable à Radio France et avait enregistré plusieurs CD avec le plus fin souffleur, Yoshikazu Iwamoto. Il avait personnellement entendu et vu tous les grands ténors de jazz en concert, bu des coups avec Éric Dolphy, et cultivé une grande amitié avec Jean-Jacques Avenel et Steve Lacy. Nous avions ensemble rendu compte de l’état du monde musical en 80 épisodes de La mémoire vive sur France Musique (1988-1990)Il avait beaucoup fait pour faire connaître les musiques de partout. Sa série de CD de collectages originaux de musiques des petits peuples de Sibérie chez Buda est incontournable, inespérée, un modèle. Le livre Les esprits écoutent publié chez Delatour, 2012, et une tournée avaient accompagné cette série. Le passage par le musée du quai branly avait été un moment de grande intensité et avait marqué l’histoire des savoirs sur chamanisme et spectacle. Il était un des rares français à avoir publié un entretien (Trad Magazine n°9 – mars/avril 1990), qui fit date, avec Alan Lomax, dont il m’a fait découvrir et apprécier les enregistrements de prison songs. Membre de l’Académie Charles Cros après avoir écrit pour Jazz Hot et Diapason, il détenait une discothèque sans égal qu’il mettait volontiers à dispositions des étudiantes et jeunes chercheuses. La grande dame de l’ethnologie sibérienne, Anne-Victoire Charrin, l’avait associé à son Centre de Recherches Russes et Euro-Asiatiques. Pour la Sorbonne, il avait enseigné la pratique du cinéma ethnographique et participé au Séminaire d’études ethnomusicologiques depuis sa refondation en 1998. L’oncle Henri y jouait un rôle particulier : celui qui en sait toujours plus, et depuis plus longtemps, que le professeur en titre.

François Picard

discographie et bibliographie sur https://fr.wikipedia.org/wiki/Henri_Lecomte

Bleu nuit http://www.bne.fr/page145.html

Toute sa famille et ses amis ont l'immense tristesse de faire part

de la disparition de

Charles Duvelle, pianiste, compositeur et ethnomusicologue,

survenue le 29 novembre 2017 dans sa quatre-vingtième année.

Une cérémonie aura lieu au Crématorium du Père Lachaise

71 rue des Rondeaux 75020 Paris

Le mercredi 6 décembre 2017 à 15h30

Gilbert Rouget (1916-2017)

In memoriam

Gilbert Rouget, grand ethnomusicologue français, s'est éteint dans le 8 novembre 2018, à l'âge de 101 ans.

On peut dire sans crainte d'exagérer que Gilbert Rouget fut le fondateur de l'ethnomusicologie moderne en France. Entré pendant la Guerre comme stagiaire au Musée de l'Homme, il avait commencé à travailler avec André Schaeffner au Département d' "Ethnologie Musicale", sur les instruments de musique. A la fin des années quarante, Il prend rapidement conscience de l'importance de l'enregistrement sonore pour l'étude des musiques non européennes et populaires. Il mène alors sa première grande enquête, la mission Ogooué-Congo (1946), dont il rapporte de très nombreuses archives sonores. Dans les années 1950, il créée la première collection de disques 78 tours consacrée en France à l'ethnomusicologie. Entré au CNRS, il fonde en 1968 le Laboratoire d'Ethnomusicologie, toujours au Musée de l'Homme, fournissant ainsi à cette discipline le cadre institutionnel qui lui a permis de s'épanouir. Ayant beaucoup travaillé pour le collectif pendant toute sa carrière (mais ayant aussi écrit des articles nombreux et importants : "Transcrire ou décrire ?", "Ethnomusicologie et représentations de la musique"), c'est surtout peu avant et pendant sa retraite qu'il publie ses oeuvres majeures : La musique et la transe (1980), Un roi africain et sa musique de cour (1996), Afrique musiquante (2014).

Gilbert Rouget nous a laissé en héritage un grand amour de la musique, une curiosité intellectuelle insatiable, une rigueur scientifique sans faille et un grand coeur humain qui non seulement forcent notre admiration, mais aussi nous incitent à suivre son exemple.

Le Conseil d'administration de la SFE a l’immense peine d’annoncer le décès de Gilbert Rouget, survenu dans la nuit du 7 au 8 novembre 2017.

Il comptait beaucoup pour nous et ses travaux ont fortement contribué à la réflexion sur notre discipline.

Nous présentons nos sincères condoléances à sa famille.

Le CA de la SFE

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