Vie de la Société

Annonces ayant trait à la vie de la Société. Voir aussi la rubrique Activités.

Les 2, 3 et 4 juin 2017, Musée de l'Homme
Voir programme : ici

Argumentaire :


" Le geste sous toutes ses formes musicales et dansées "

Le geste musical constitue un angle d’approche stimulant pour l’ethnomusicologue car il se situe à l’interface de plusieurs dimensions relatives à l’interaction Homme-Instrument-Son comprenant l’organologie, la musique, la cognition du musicien et les valeurs socioculturelles de la performance, inscrites notamment dans sa dimension visuelle et kinesthésique.
En ethnomusicologie, le geste musical a déjà fait l’objet de plusieurs études notamment dans les Cahiers d’ethnomusicologie (Le geste musical, n°21) montrant l’intérêt d’analyser le rôle du corps et du geste du musicien dans l’étude de la performance musicale (Molino 2009, Desroches et al. (dir.) 2014, Powell 2004).
Nous souhaitons, à travers cet appel à communications, rendre compte des récents travaux et des nouvelles thématiques qui ont émergé sur le geste musical, plus précisément à travers les sous-thèmes suivants :


 
1° Geste et ergonomie instrumentale : 
L’instrument de musique est le produit d’une histoire et de contraintes culturelles. Il constitue un élément essentiel de la fabrique du geste du musicien, tout en étant cependant aussi conçu en fonction de ce dernier (Le Bomin: 2001, Helmlinger: 2014). Ce sont ces allers et retours entre paramètres organologiques et paramètres performantiels que l’on propose d’étudier ici. Il s’agit donc d’articuler des contraintes culturelles, musicales et acoustiques à une approche gestuelle et cognitive (spatialisation des degrés de l’échelle, mémoire musicale), de façon à mettre en lumière ce qui se joue, en amont de la performance, dans la conception de l’instrument. Envisagée dans la profondeur historique, une telle approche peut mener à mieux comprendre les évolutions organologiques au cours du temps.



2° Capture et analyse tridimensionnelle du geste musical
. Les études récentes sur le geste musical utilisant les méthodes de capture et d’analyse tridimensionnelle du mouvement ont montré leur pertinence pour accéder à des nouvelles dimensions d’analyse qualitative et quantitative du jeu instrumental (Kapur et al. 2005, Wanderley et al. 2005, Godoy et Leman 2010, Dahl 2011, Bonini Baraldi et al. 2015, Chen et al. 2016). Comment prendre en charge ce nouveau paradigme de recherche dans les études ethnomusicologiques ? De quelles manières l’intégration de ces nouvelles méthodes de capture nous incite-t-elle à revoir les limites de ce qui constitue traditionnellement le « terrain » et à interroger les conditions « écologiques » de captation en situation de laboratoire ? Quelles sont les informations auxquelles ces nouvelles approches nous permettent d’accéder ? Enfin, quelles sont les nouvelles problématiques et thématiques de recherche que nous ouvre l’intégration pluridisciplinaire de ces nouvelles méthodes d’investigation en ethnomusicologie ?
 


3° Le geste musical dans la performance
. Partant du constat qu’un geste musical est beaucoup plus qu’un geste producteur de son, cet axe se propose d’explorer les autres dimensions du geste musical dans le cadre performatif. Il s’agira de s’intéresser à la manière dont les sociétés font du geste musical une expérience corporelle singulière tout en développant, sous de multiples formes, ses aspects esthétiques, émotionnels, multisensoriels ou encore sémiotiques. On se penchera également sur les composantes expressives et communicatives de la gestuelle instrumentale en performance - la question de l’empathie s’avérant ici un angle d’approche particulièrement fécond.  
Autrement dit, cet axe essaiera de mettre en lumière la complexité et la diversité des expériences du corps et de l’être que les sociétés humaines mobilisent lors du jeu instrumental individuel ou collectif.
                              


4° Geste et apprentissage musical. 
En ethnomusicologie, les études sur les processus d’apprentissage des musiques de tradition orale ont montré le rôle visuel du geste instrumental dans la mémorisation des répertoires musicaux, la performance et la composition musicale (Helmlinger 2001, 2012) ou encore que l’intégration progressive des éléments du langage musical, l’apprentissage du geste instrumental et la mémorisation de son répertoire relèvent de processus similaires (Dehoux 1986, 1991, Le Bomin 2004, Mifune 2012).
Que nous révèle l’étude de l’apprentissage du geste musical dans la relation du musicien avec son instrument ? Comment s’opère son apprentissage ? Par quelles stratégies cognitives et sensorielles s’effectue l’apprentissage du geste instrumental et la production musicale ? Quelles sont les méthodes permettant d’y accéder ? Telles sont les interrogations qui structurent ce quatrième axe de réflexion.

À l'occasion de l'Assemblée Générale du 25 mars 2017, le Conseil d'administration de la Société a souhaité rendre hommage à ses fondateurs, qui constituèrent le tout premier Conseil en 1983. 

Étaient présent-e-s pour cette remise de médailles : Simha Arom, Tran Quang Hai, Mireille Helffer, Bernard Lortat-Jacob, Pribislav Pitoeff, et en tant qu'administratrice de la SFE depuis le tout début, Laurence Fayet. 

Encore merci à tous ! 

 

img 1

img 1

Cher(e)s collègues et membres de la SFE

Nous apprenons avec tristesse la disparition de Jean-Michel Guilcher qui nous quitte dans sa 103e année le 27 mars 2017. Ce très grand ethnologue de la danse aura traversé le siècle, élève de Miss Pledge, étudiant de Jacques Chailley, ami de Claude Lévi-Strauss et de Constantin Brailoiu, formant plusieurs générations de chercheurs et surtout laissant une oeuvre considérable d'articles et de livres sur les traditions populaires de danse en France. Cette France, en particulier rurale, dont il put observer les profondes mutations et analyser en finesse les évolutions.

Mais c'est surtout son investigation ethnographique intensive en Basse-Bretagne sur plusieurs dizaines d'années qui mérite d'être soulignée ici. Tant par la méthode, la rigueur, la précision et la qualité de ses analyses, sa thèse marque un tournant dans les études ethnologiques sur la danse traditionnelle en Europe mais aussi sur les musiques qui l'accommpagnent. Réédité à plusieurs reprises depuis 1963, l'ouvrage qui s'en suivit, La tradition populaire de danse en Basse-Bretagne, véritable somme sur mille et une subtilités de la vie majoritairement paysanne d'avant la révolution technologique agricole, a profondément influencé la perception qu'ont les acteurs contemporains de la culture bretonne chorégraphique et musicale. 

J'eus la chance, comme d'autres chercheurs bretons, de bénéficier de son enseignement, d'entendre ses critiques, toujours fondées, et de le voir présider mon jury de thèse à l'EHESS à Paris  en 1988. Puis, il eut la délicatesse d'accepter mes visites et échanges de courriers. Preuve de confiance, il m'accorda un long entretien que nous avons pu publier ensemble dans les Cahiers d'Ethnomusicologie : http://ethnomusicologie.revues.org/1297

Ses travaux et ses conférences marquèrent un grand nombre de chercheurs français et étrangers, notamment les ethnomusicologues qui l'invitèrent à plusieurs reprises dans le cadre de la Société Française d'Ethnomusicologie. Homme discret, peu carriériste, il reçut les honneurs académiques qu'il méritait amplement, notamment sous forme d'Hommages à Grenoble ou à Brest. Au crépuscule de sa vie, Jean-Michel Guilcher nous fit l'honneur à Luc Charles-Dominique et moi-même de nous confier son dernier ouvrage que nous avons édité dans note collection Anthropologie et Musique, chez L'Harmattan: Danse traditionnelle et anciens milieux ruraux français. Tradition, histoire, société, 2009, 318 p.

Une biographie de référence de ce scientifique breton exigeant, d'une parfaite honnêteté intellectuelle et aux grandes qualités humaines, reste à écrire. De même que la traduction en anglais de ses ouvrages majeurs.

Pour l'heure, nos pensées vont d'abord à son importante descendance d'enfants, petits enfants et arrière petits enfants qui ne manquent pas de prolonger son oeuvre incomparable.

Yves Defrance

Sao Paulo, 29.03.17

 

jean michel guilcher 2971841 1

jean michel guilcher 2971841 1

Le fondateur de l'ethnochoréologie de la France vient de mourir à l'âge de 102 ans. Ce savant discret, d'une incomparable courtoisie, était tout sauf un homme d'appareil et, alors qu'il était un extraordinaire directeur de recherche et un grand animateur de séminaire, il était trop peu rompu au maniement des leviers institutionnels et trop distant des réseaux de sociabilité académiques pour faire durablement école. Ce qu'on doit regretter...


Ses études scientifiques (en SVT...) l'avaient amené à passer au double crible du doute cartésien et de l'analyse historique le répertoire de danses folkloriques qu'il avait appris dans un mouvement d'Éducation populaire. La volonté de confronter ce qui lui a été enseigné à la réalité de la pratique le conduit sur le terrain dès les années de l'Occupation. Sa pratique ethnographique durera près d'un demi-siècle : elle commence par un arpentage systématique de la Basse-Bretagne, quinze ans durant, puis, presque aussi longtemps du Béarn et du Pays basque. Il a encore enquêté, toujours avec sa femme, souvent avec ses enfants, en Berry, en Roussillon, en Vendée, dans les Landes et en Dauphiné, sans oublier sa participation à la RCP Aubrac.


Il laisse une œuvre publiée imposante, admirablement écrite : elle comprend d'abord les deux sommes où il fait bien plus que consigner les résultats de ses ethnographies de la danse traditionnelle bretonne ou basque. Sont venus ensuite un travail purement historique sur la contredanse française, un essai d'ethno-histoire sur  le chant dans la danse et, voici moins de dix ans, un livre de synthèse. Il faut encore prendre en compte les articles, en nombre restreint mais à la pagination généreuse et tout aussi référentiels1.


Guilcher s'est inlassablement employé à démontrer, à partir de la pratique de la danse et du chant, l'autonomie – et non l'autarcie – des « anciens milieux ruraux », qui se sont approprié (ou non) les apports extérieurs et qui maîtrisaient à la perfection l'art de l'assimilation, de la réélaboration et de la variation, ce cocktail que d'autres, mais pas lui, nomment « tradition ». Ces communautés non pas immobiles mais qui se tiennent en position latérale au mainstream, il a dû en constater la fragilisation, le délitement puis l'effacement, y trouvant la justification la plus impérieuse à l'ethnographie d'urgence qu'il a menée aussi loin que possible. C'est un tombeau du peuple créateur, affranchi des élites, qu'il a composé, en humaniste, en pédagogue soucieux d'une maîtrise corporelle qui aide la personnalité de l'enfant à se structurer, ou encore en amateur de « belle danse ».


François Gasnault (IIAC-LAHIC, UMR 8177)

Chers membres et abonnés,

Tous les membres du Comité d'Administration de la Société Française d'Ethnomusicologie vous présentent leurs meilleurs voeux pour l'année 2017 !

Une année qui sera ponctuée par des temps forts que nous serions heureux de partager avec vous. Le programme vous sera prochainement communiqué.

Bien cordialement

L'équipe de gestion de la SFE

Joomla SEF URLs by Artio