John Wright (1939-2013)

Avec John Wright, ménétrier, violoneux, nous quitte un personnage délicieux, un musicien arpenteur, fabricant de liaisons amicales et éclectiques, innovateur, incubateur de traditions.

Né Britannique, John Wright l’est resté toute sa vie, grâce à un accent formidable et un sens de l’humour qui marquait tout ce qu’il faisait avec tant de sérieux.

Introduisant, avec Lionel Rocheman et ses hootenannies, le folk en France dans les années 1960, il crée avec Catherine Perrier le folk-club Le Bourdon. Au-delà de ses propres disques (guimbarde, fiddle), il est le personnage emblématique de la collection « Spécial instrumental » du Chant du monde, qui donna envie à chacun de pratiquer un instrument folk/trad. Comme René Zosso ou Claude Flagel, il établit des liens de travail et d’amitié, toujours maintenus jusqu’à ses derniers moments, entre le folk, les traditions locales (Vendée, chants de marins, Auvergne) et les musiques anciennes, que ce soit le chant, la danse, la musique ou encore la facture : compagnie Maître Guillaume, invention de la danse baroque avec Francine Lancelot, jeu du krwth, reconstitution des instruments du portail de la Gloire de Compostelle, APEMUTAM. Du côté des chercheurs, ses collaborations avec les ethnomusicologues sont constantes (Geneviève Dournon, Tran Quang Hai, sur lequel son influence fut considérable), et celles avec les acousticiens sont pionnières (bulletin du Groupe d’acoustique musicale n° 25, 1967). Ménétrier il le fut aussi, en rétablissant le statut de violoneux fiddler comme musicien professionnel. S’il vécut de la musique, on peut dire aussi que la musique des cinquante dernières années vécut de lui.

François Picard

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